Synthèse finale et critique de l’état de la France
jusqu’au 31 octobre 2025
Date de publication : 4 novembre 2025 Type de document : Synthèse analytique critique sans concession Contexte : Rapport final compilant et analysant quatre études thématiques approfondies sur la crise multidimensionnelle française
INTRODUCTION : UNE NATION FACE À L’EFFONDREMENT
SYSTÉMIQUE
Au 31 octobre 2025, la France traverse la crise la plus profonde et la plus multidimensionnelle de son histoire récente. Ce n’est pas une crise sectorielle ou conjoncturelle que l’on pourrait circonscrire et résoudre par des ajustements techniques. C’est une crise systémique totale qui affecte simultané‐ ment et de manière interdépendante toutes les dimensions de la vie collective : institutions politiques, économie, démocratie, cohésion sociale, légitimité de l’État.
Les chiffres qui caractérisent cette situation sont d’une brutalité inédite et convergent pour dresser le portrait d’une nation en décomposition avancée :
Sur le plan institutionnel : Trois gouvernements sont tombés en moins d’un an, dont celui de Sé‐ bastien Lecornu qui détient le record absolu de brièveté avec 14 heures d’existence. Le président Em‐ manuel Macron affiche un taux d’approbation historiquement bas de 19%, tandis que 58% des Français réclament sa démission. L’Assemblée nationale, fragmentée en quatre blocs irréconciliables depuis juin 2024, ne parvient plus à dégager aucune majorité. Le pays est paralysé, incapable de voter un budget, de mener des réformes, de se gouverner.
Sur le plan économique : La croissance stagne à 0,6-0,9% en 2025, plaçant la France en queue de peloton européen. Le chômage remonte à 7,6% et continue sa progression. La dette publique explose à plus de 113,7% du PIB avec un déficit hors de contrôle de 5-6%, très loin des critères de Maastricht. La désindustrialisation s’accélère (10% du PIB seulement), la compétitivité s’effondre, et le risque d’une crise de dette souveraine à l’horizon 2026-2027 est désormais estimé à 15-20%.
Sur le plan démocratique : La France a été déclassée au rang de “démocratie défaillante” (26ème mondial) par l’Economist Intelligence Unit. 96% des Français se déclarent mécontents de la situation du pays, 90% sont convaincus que la France décline, 81% jugent la démocratie dysfonctionnelle, et 87% pensent que les politiques agissent dans leur seul intérêt. Plus alarmant encore : 48% souhaitent “moins de démocratie pour plus d’efficacité” et 41% soutiennent l’idée d’un “homme fort autoritaire” au pouvoir.
Sur le plan social : Les mobilisations massives (réforme des retraites, agriculteurs, soignants) ont été réprimées avec une violence inédite sous la Ve République (25 éborgnements, 5 mains arrachées pendant les Gilets Jaunes). La précarité explose avec 12-15 millions de Français concernés, les ser‐ vices publics (santé, éducation) sont à l’agonie, et les fractures sociales (territoriales, génération‐ nelles, ethniques, entre élites et peuple) ne cessent de se creuser. La réforme des retraites, imposée par la force en 2023, a dû être suspendue en octobre 2025, symbole de l’impuissance de l’État.
Ces quatre crises ne sont pas juxtaposées par hasard. Elles se nourrissent mutuellement dans une spirale destructrice : la crise institutionnelle empêche toute réforme économique, la débâcle économique alimente le rejet démocratique, le recul démocratique radicalise les tensions sociales, et les tensions sociales paralysent davantage les institutions. C’est un cercle vicieux dont le pays ne parvient pas à sortir.
Cette synthèse finale propose une analyse globale, critique et sans concession de l’état de la France au 31 octobre 2025. Elle compile et articule les quatre rapports thématiques déjà réalisés sur la crise institutionnelle, la situation économique, l’état de la démocratie, et les aspects sociaux et sécuritaires. Elle établit les interconnexions entre ces différentes dimensions, identifie les causes profondes de cette crise systémique, et évalue les perspectives d’évolution dans les mois et années à venir.
La question centrale qui traverse ce rapport est simple mais vertigineuse : la France est-elle encore gouvernable dans son cadre institutionnel actuel? Et si oui, pour combien de temps en‐ core?
PARTIE I : LA CRISE INSTITUTIONNELLE ET POLITIQUE –
QUAND LA Ve RÉPUBLIQUE S’EFFONDRE
L’instabilité gouvernementale : retour aux heures sombres de la
IVe République
La France de 2025 connaît une instabilité gouvernementale qui n’a plus rien à envier aux pires mo‐ ments de la IVe République (1946-1958), régime parlementaire abandonné précisément en raison de son incapacité chronique à produire des gouvernements stables. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
14 heures : durée du premier gouvernement Lecornu en octobre 2025, record absolu de brièveté sous la Ve République, battant tous les records historiques y compris ceux de la IVe.
3 gouvernements renversés en moins d’un an : Michel Barnier (décembre 2024), François Bayrou (printemps 2025), et Sébastien Lecornu I (octobre 2025). Le gouvernement Lecornu II, formé immédi‐ atement après, survit au jour le jour dans l’attente probable d’une quatrième censure.
Cette instabilité résulte de la conjonction explosive de trois facteurs :
1. La fragmentation parlementaire inédite
L’Assemblée nationale élue en juin 2024, suite à la dissolution absurde décidée par Macron alors qu’il disposait encore d’une majorité relative, est divisée en quatre blocs antagonistes : le Nouveau Front Populaire (≈185 députés), Renaissance et alliés (≈165), le Rassemblement National et alliés (≈145), Les Républicains et divers droite (≈70). Aucun de ces blocs ne dispose de la majorité absolue ( sièges), et aucune coalition viable ne se dessine en raison de lignes de fracture idéologiques insur‐ montables.
2. Le déni démocratique présidentiel
Emmanuel Macron a refusé de nommer un Premier ministre issu du NFP, pourtant arrivé en tête aux élections. Ce refus, justifié par l’argument que le NFP serait “ingouvernable”, constitue une violation de l’esprit démocratique : dans une démocratie parlementaire normale, le parti ou la coalition arrivée en tête se voit confier la formation du gouvernement. En nommant successivement des Premiers min‐ istres de droite (Barnier, Lecornu) ou du centre (Bayrou) sans légitimité électorale, Macron a fabriqué des gouvernements mort-nés.
3. L’alliance objective gauche-extrême droite pour censurer
Le NFP et le RN ont compris qu’ils avaient intérêt à faire tomber systématiquement les gouvernements imposés par Macron. Pour le NFP, c’est un moyen de pression pour obtenir Matignon. Pour le RN, c’est une stratégie cynique mais efficace : entretenir le chaos pour discréditer le système et préparer sa vic‐ toire en 2027. Cette convergence tactique, sans aucune convergence idéologique, rend tout gouvernement minoritaire impossible à maintenir.
Le blocage parlementaire total : une Assemblée ingouvernable
L’instabilité gouvernementale ne se limite pas aux censures. C’est toute l’activité législative qui est paralysée. Le budget 2025 a été censuré avec le gouvernement Barnier. Le budget 2026 est dans l’impasse totale. Aucune réforme structurelle ne peut être votée. Les lois ordinaires passent difficile‐ ment, nécessitant des compromis au coup par coup sur des textes édulcorés qui ne résolvent rien.
Le gouvernement est contraint d’utiliser systématiquement l’ article 49.3 de la Constitution, qui per‐ met de faire passer un texte sans vote mais déclenche la possibilité d’une motion de censure. Ce mécanisme, censé être exceptionnel, est devenu la norme, transformant chaque texte important en crise gouvernementale potentielle. Utilisé 11 fois pour imposer la réforme des retraites en 2023, le 49.3 est devenu un piège : il permet de contourner le Parlement, mais provoque la chute du gouverne‐ ment.
Cette situation révèle l’ incapacité totale de la classe politique française à s’inspirer des démocraties européennes voisines qui parviennent à gérer des parlements fragmentés. En Alle‐ magne, les coalitions tripartites (SPD-Verts-FDP) gouvernent malgré leurs différences. Aux Pays-Bas, la formation d’un gouvernement peut prendre six mois de négociations, mais aboutit à des coalitions solides. En Espagne, Pedro Sánchez gouverne sans majorité absolue par des alliances ponctuelles et un pragmatisme politique. Même l’Italie, historiquement réputée pour son instabilité, offre aujourd’hui le spectacle d’une stabilité gouvernementale supérieure à la France.
La France, elle, est prisonnière d’une culture politique d’affrontement héritée de deux siècles d’histoire révolutionnaire. Le compromis y est perçu comme une faiblesse, la coalition comme une trahison. Le présidentialisme absolu depuis 1958 a tué toute pratique parlementaire de négociation. Résultat : face à la première crise parlementaire majeure, le système français s’effondre.
La crise de légitimité présidentielle : un président détesté qui
s’accroche
Avec 19% d’approbation et 82% de méfiance , Emmanuel Macron est devenu le président le plus détesté de l’histoire de la Ve République. Même François Hollande, pourtant symbole de l’impopularité présidentielle, n’était pas descendu aussi bas (20% à son pire moment). Plus significatif encore : 58% des Français réclament la démission de Macron.
Ce n’est plus une simple impopularité, c’est un rejet massif et explicite de la personne et de la fonction. Dans toute démocratie saine, un tel niveau de rejet devrait conduire à un départ. Mais Mac‐ ron refuse obstinément de démissionner, révélant soit un aveuglement total sur l’état du pays, soit un ego surdimensionné qui place l’obstination personnelle au-dessus de l’intérêt général.
Le problème fondamental est que la Ve République ne prévoit aucun mécanisme pour des‐ tituer un président impopulaire entre deux élections. L’article 68 de la Constitution prévoit une procédure de destitution d’une lourdeur et d’une exigence telles qu’elle est quasi-inapplicable : il faut prouver un “manquement manifestement incompatible avec l’exercice du mandat” et obtenir deux tiers du Parlement réuni en Haute Cour. Elle n’a jamais été utilisée. Il n’existe pas non plus de référendum révocatoire (RIC).
Résultat : un président peut être détesté par 82% des Français, récusé par 58% d’entre eux, avoir perdu toute légitimité, toute capacité à gouverner, toute crédibilité internationale, il peut rester en place pendant cinq ans. C’est précisément ce qui se passe. Macron, conscient qu’il ne peut être délo‐ gé, s’accroche coûte que coûte, condamnant le pays à 18 mois supplémentaires de paralysie jusqu’aux élections de 2027.
Dysfonctionnements institutionnels : une République obsolète
La Ve République a été conçue en 1958 dans un contexte très spécifique : sortir de l’instabilité de la IVe, donner à de Gaulle les moyens de résoudre la crise algérienne, assurer un pouvoir exécutif fort. Ce système a remarquablement fonctionné pendant 67 ans, mais reposait sur trois piliers qui se sont effondrés simultanément en 2024-2025 :
1. Un scrutin majoritaire qui ne produit plus de majorité : la fragmentation en quatre blocs fait que même avec le scrutin majoritaire à deux tours, aucun bloc n’obtient 289 sièges. 2. Le lien quinquennat-législatives brisé : en dissolvant en plein milieu de son mandat, Macron a créé une Assemblée déconnectée de la légitimité présidentielle. 3. Le président a perdu toute légitimité : avec 19% d’approbation, Macron ne peut plus jouer son rôle d’arbitre institutionnel.
La presse internationale, du Financial Times à Politico en passant par The Economist, multiplie les analyses sur le “cas français”. Le terme qui revient le plus souvent est celui de “tragédie grecque” : la France, par l’hubris (orgueil démesuré) de son président, précipite elle-même sa propre chute. Les comparaisons avec les démocraties voisines sont systématiquement défavorables. La France apparaît comme l’exception dysfonctionnelle de l’Europe occidentale : seul grand pays développé incapable de gérer une fragmentation parlementaire, seul pays où un président peut bloquer le pays pendant 18 mois sans que rien ne puisse l’en empêcher.
Responsabilités écrasantes
La responsabilité principale de cette crise institutionnelle incombe à Emmanuel Macron : c’est lui qui a dissout absurdement en juin 2024, lui qui refuse de nommer un PM du NFP, lui qui s’accroche malgré 58% de Français demandant sa démission. Macron entrera dans l’Histoire comme le président qui aura précipité la chute de la Ve République.
Mais au-delà de Macron, c’est le système lui-même qui est en cause : concentration excessive du pouvoir présidentiel, absence de mécanismes de sortie de crise, inadaptation aux situations de fragmentation parlementaire. Et tous les partis politiques portent une part de responsabilité : le NFP pour son maximalisme, Renaissance pour sa soumission aveugle à Macron, LR pour ses divisions, le RN pour son cynisme destructeur.
PARTIE II : LA DÉBÂCLE ÉCONOMIQUE – UNE NATION QUI
S’APPAUVRIT
Stagnation économique et décrochage européen
La croissance économique française en 2025 est indigente : 0,6-0,9% , soit une division par près de deux par rapport à 2024 (1,1%). Cette performance déplorable place la France en queue de peloton européen, à peine devant l’Allemagne en récession technique (0,1-0,3%) et l’Italie (0,6-0,8%), mais très loin derrière l’Espagne qui affiche une croissance robuste de 2,4-2,8%.
Cette faiblesse chronique s’explique par la conjonction de plusieurs facteurs structurels :
La consommation atone : avec une croissance de seulement +0,7% en 2025, la consommation des ménages – traditionnellement le moteur de l’économie française (52% du PIB) – cale dramatiquement. Les Français, inquiets pour leur avenir et échaudés par l’inflation cumulée de 15-20% entre 2021 et 2025, ont porté leur taux d’épargne à un niveau record de 18,9% au T3 2025, contre 15% avant la pandémie. Cette épargne de précaution témoigne d’une défiance profonde : 70-75% des Français se déclarent pessimistes quant à l’avenir du pays.
L’investissement paralysé : face aux incertitudes politiques – trois gouvernements en un an, im‐ possibilité de voter un budget, menaces de censure permanentes – les entreprises pratiquent un at‐ tentisme prudent et reportent leurs décisions d’investissement. La confiance des chefs d’entreprise s’établit au plus bas depuis 2020.
Le commerce extérieur déficitaire : avec un déficit commercial structurel de 80 à 100 milliards d’euros par an, la France importe massivement plus qu’elle n’exporte. Sa part dans les exportations mondiales s’est effondrée de 5,5% en 2000 à seulement 2,8% en 2025, témoignant d’une perte continue de compétitivité.
Le marché du travail dégradé
Le chômage repart à la hausse : de 7,4% fin 2024, il atteint 7,6% mi-2025 et les prévisions tablent sur 8,0-8,5% pour 2026-2027. Le chômage des jeunes (15-24 ans) demeure catastrophique, à 17-18% au T3 2025. Pour ceux qui trouvent un emploi, la qualité se dégrade : temps partiel subi, CDD à répéti‐ tion, “travailleurs pauvres” (8-9% des actifs occupés), ubérisation avec des auto-entrepreneurs précaires gagnant en médiane 15 000 euros par an.
Le chômage de longue durée concerne désormais plus de 40% des demandeurs d’emploi, créant un risque d’hysteresis où des centaines de milliers de personnes sont durablement éloignées du marché du travail. Plus paradoxal encore, le marché du travail connaît simultanément des tensions dans cer‐ tains secteurs (santé, hôtellerie-restauration, BTP, informatique), révélant des problèmes structurels profonds : formations inadaptées, mobilité géographique limitée, conditions de travail insuffisantes.
L’inflation et la perte de pouvoir d’achat
Si l’inflation a ralenti en 2025 (1,0-1,4% contre 2,3% en 2024), cette accalmie ne doit pas masquer l’ampleur des dégâts accumulés depuis 2021. L’inflation cumulée sur la période 2021- atteint 15-20% selon les postes de dépenses, amputant drastiquement le pouvoir d’achat des mén‐ ages. Les prix alimentaires ont augmenté de 20-25%, l’énergie de 40-50% malgré la baisse récente, le logement de 10-15% pour les loyers et 30-40% pour les charges.
Le résultat? Le pouvoir d’achat stagne (+0,3-0,5% en 2025) , et les inégalités explosent. Les 10% les plus pauvres ont perdu 2-3% de pouvoir d’achat en 2025, les classes moyennes connaissent une
érosion continue et un sentiment de déclassement, tandis que les 10% les plus riches maintiennent voire améliorent leur situation grâce à la valorisation de leurs actifs financiers et immobiliers.
La dette publique explosive : la bombe à retardement
C’est sans doute sur le front des finances publiques que la situation est la plus alarmante. La dette publique française dépasse 113,7% du PIB fin 2025, soit environ 3 200 milliards d’euros, et sa tra‐ jectoire est explosive : les projections la portent à 118-120% d’ici 2027, puis 125% en 2030 sans correction majeure. Le déficit public pour 2025 atteint 5,0-6,0% du PIB , soit 140-160 milliards d’euros, très loin au-delà du critère de Maastricht de 3,0%.
La charge d’intérêts de la dette devient écrasante : 50-55 milliards d’euros en 2025, soit davantage que le budget de la Défense (44 milliards). Cette charge explose avec la remontée des taux d’intérêt : alors que la dette se finançait à près de 0% en 2020-2021, les nouvelles émissions portent désormais des taux de 3,0-3,5%. Le refinancement progressif de la dette fait mécaniquement grimper la charge vers 70-80 milliards d’ici 2027.
Plus grave, le “spread” – l’écart de taux entre obligations françaises et allemandes – atteint 70- points de base, un niveau historiquement élevé hors période de crise, témoignant d’une prime de risque significative exigée par les investisseurs. Les agences de notation (Fitch, Moody’s, S&P) multi‐ plient les avertissements et les perspectives négatives. Le FMI, l’OCDE et la Commission Européenne qualifient unanimement la trajectoire budgétaire française d’“ insoutenable ”.
Mais la crise politique rend tout ajustement impossible. Ramener le déficit à 3% nécessiterait 50- milliards d’euros d’ajustement (économies ou hausses d’impôts), une somme colossale politique‐ ment impossible à dégager avec une Assemblée fragmentée. Le risque d’une crise de dette souveraine type Grèce 2010-2015 – avec intervention du FMI et de l’UE, austérité drastique im‐ posée de l’extérieur, récession brutale – n’est plus un scénario d’école mais une possibilité réelle à horizon 2026-2027, estimée à 15-20% de probabilité.
La perte de compétitivité et la désindustrialisation
La France détient un record peu enviable : celui du taux de prélèvements obligatoires le plus élevé de l’OCDE (hors Scandinavie), à 46-47% du PIB en 2025. Cette pression fiscale écrasante constitue un boulet majeur pour la compétitivité. Les entreprises françaises supportent des charges sociales patronales de 25-42%, portant le coût du travail à des niveaux prohibitifs : 38-40 euros de l’heure pour un ouvrier en France, contre 24 euros en Espagne, 14 euros en Pologne.
Les conséquences sont désastreuses. La France a perdu les deux tiers de son industrie en 40 ans : la part de l’industrie dans le PIB est tombée de 25% en 1980 à seulement 10% en 2025, contre 26% en Allemagne. Les emplois industriels ont fondu de 5,3 millions en 1980 à 2,7 millions aujourd’hui. Cette hémorragie industrielle se traduit par un déficit commercial chronique de 80-100 milliards d’euros par an.
Dans les classements internationaux de compétitivité, la France dégringole : 22ème au Global Com‐ petitiveness Index (recul de 3 places en 2 ans), avec des scores catastrophiques sur l’efficacité du marché du travail (67ème), la réglementation (72ème), et la fiscalité (125ème sur 140 pays).
Secteurs en crise : agriculture, PME, industrie
L’agriculture traverse une crise existentielle : 30% des exploitants vivent sous le seuil de pauvreté, un agriculteur se suicide tous les deux jours, l’endettement moyen atteint 150 000-300 000 euros par exploitation. 50% des exploitations doivent être transmises d’ici 2030, mais seules 50-60% trouvent
un repreneur. Les 400 000 exploitations de 2020 seront probablement 280 000-300 000 en 2030, soit une contraction de 25% en 10 ans.
Les PME sont en grande difficulté : 25-30% se trouvent en situation financière tendue, avec des fail‐ lites en explosion (+15-20%, soit 60 000-70 000 défaillances en 2025). Elles souffrent d’un cocktail toxique : trésorerie tendue, coûts en hausse, difficultés de recrutement, accès au crédit durci.
L’industrie manufacturière agonise : dans l’automobile, Stellantis et Renault ont supprimé 25 000 emplois en France entre 2020 et 2025, les équipementiers perdent 50 000-70 000 emplois. La sidérur‐ gie se réduit à 30 000 emplois, menacés par la concurrence chinoise. Les tentatives de réindustrialisa‐ tion (France Relance, France 2030) affichent des résultats décevants : 10 000-20 000 emplois relocalisés sur 5 ans, une goutte d’eau face aux centaines de milliers perdus.
Impact de la crise politique sur l’économie
La crise institutionnelle exerce un impact économique majeur et croissant. L’impossibilité de voter un budget empêche tout ajustement budgétaire : impossible de voter des économies, impossible de voter des hausses d’impôts, résultat : le déficit dérive vers 5-6% et la dette explose. La confiance des ac‐ teurs économiques s’effondre : face aux incertitudes politiques, les entreprises gèlent leurs investissements, les ménages épargnent massivement par précaution.
Sur les marchés financiers, la sanction est nette avec un spread France-Allemagne à 70-80 points de base. Les investisseurs internationaux doutent de la capacité de la France à assainir ses finances pub‐ liques. Si cette défiance se transformait en panique, la France pourrait connaître une crise de refin‐ ancement type Grèce 2011, avec des taux bondissant à 5-6% et une intervention d’urgence de l’UE/ FMI assortie de conditionnalités drastiques.
PARTIE III : LE RECUL DÉMOCRATIQUE – QUAND LA
“PATRIE DES DROITS DE L’HOMME” BASCULE
Le déclassement : de “démocratie pleine” à “démocratie
défaillante”
L’Economist Intelligence Unit (EIU), référence mondiale en matière d’évaluation démocratique, a rétrogradé la France au statut de “flawed democracy” (démocratie défaillante) , la plaçant au 26ème rang mondial. Ce classement marque une rupture symbolique et factuelle avec l’image que la France projette d’elle-même comme “patrie des droits de l’Homme” et berceau de la démocratie moderne.
La comparaison avec les autres démocraties européennes est cruelle. Alors que la Norvège, la Suède, le Danemark et la Finlande monopolisent les premières places avec leur statut de “démocraties pleines”, que l’Allemagne maintient son rang autour de la 15ème place, la France se retrouve derrière l’Espagne et à peine devant l’Italie.
Ce déclassement n’est pas survenu brutalement. Il est le résultat d’une dégradation progressive qui s’est accélérée avec les crises successives : mouvement des Gilets Jaunes et sa répression (2018-2019), usage systématique du 49.3 (2023), abstention électorale record (52,5% aux législatives 2022), et montée continue des forces antidémocratiques.
L’érosion catastrophique de la confiance
Les chiffres qui caractérisent l’état de la démocratie française sont vertigineux : seulement 26% des Français font confiance à la politique en général , le taux le plus bas parmi les grandes démo‐ craties européennes (47% en Allemagne, 39% en Italie). 87% estiment que les politiques agis‐ sent dans leur propre intérêt plutôt que dans l’intérêt général. 81% jugent la démocratie dys‐ fonctionnelle.
Cette méfiance ne se limite pas aux institutions politiques. Elle s’étend à l’ensemble du système : justice perçue comme partiale, médias considérés comme inféodés aux milliardaires, syndicats jugés déconnectés, experts vus comme serviles. Cette défiance n’est pas tombée du ciel. Elle résulte de décennies de promesses non tenues, de mensonges avérés, de scandales de corruption jamais vraiment sanctionnés (affaires Cahuzac, Fillon, Benalla, McKinsey), de privilèges indécents des élites, et d’une déconnexion manifeste entre le monde politique et la réalité vécue par les citoyens.
Le sentiment de déclin : 90% convaincus de la chute
Neuf Français sur dix pensent que leur pays est en déclin. Ce chiffre, vertigineux, révèle un pessimisme et un désespoir collectifs sans équivalent dans les démocraties occidentales. Quand 96% des Français se déclarent mécontents de la situation du pays, on mesure l’ampleur du fossé entre les gouvernants et les gouvernés.
Ce sentiment de déclin nourrit la colère, le ressentiment, et le rejet du système établi. Il s’ancre dans des réalités tangibles : stagnation du pouvoir d’achat, désindustrialisation massive, inégalités crois‐ santes, services publics dégradés, insécurité, fractures territoriales béantes. À cela s’ajoutent un déclassement géopolitique, un recul culturel, et une crise identitaire profonde.
Les aspirations autoritaires : un signal d’alarme historique
Ce qui caractérise le plus dangereusement la situation démocratique française en 2025, ce sont les aspirations autoritaires croissantes d’une large partie de la population :
48% des Français sont prêts à sacrifier la démocratie sur l’autel de l’efficacité, souhaitant “moins de démocratie pour plus d’efficacité”. Cette “fatigue démocratique” révèle une lassitude face aux débats interminables, aux blocages parlementaires, aux compromis jugés mous, aux alternances qui ne changent rien.
41% soutiennent l’idée d’un “homme fort autoritaire” qui prendrait les décisions sans être en‐ travé par le Parlement, les syndicats, les contre-pouvoirs. Cette tentation césariste n’est pas nouvelle en France, mais elle atteint aujourd’hui des niveaux inédits.
Comme le souligne Marc Lazar, historien et politologue : “La tentation césariste en France atteint des niveaux inédits. L’histoire nous enseigne que cette fatigue démocratique précède souvent les dérives autoritaires.” Ces chiffres rappellent les sondages des années 1930 en Europe, lorsque les démo‐ craties libérales, incapables de résoudre la crise économique et sociale, ont vu leurs populations se tourner vers des “hommes forts” promettant ordre et efficacité.
Les dysfonctionnements structurels : la démocratie se nie elle-
même
Plusieurs mécanismes institutionnels révèlent comment la démocratie française se nie elle-même :
L’article 49.3 : conçu comme un outil exceptionnel, il est devenu l’arme privilégiée de l’Exécutif pour imposer sa volonté. La réforme des retraites de 2023, rejetée massivement par 70% des Français et contestée par des millions de manifestants, a été imposée par le recours au 49.3 utilisé 11 fois.
Comme le dénonce Dominique Rousseau, constitutionnaliste : “Le 49.3 est devenu l’arme de la minor‐ ité pour imposer sa volonté à la majorité. C’est une violence institutionnelle qui sape la légitimité démocratique.”
L’abstention record : les élections législatives de 2022 ont battu tous les records avec 52,5% d’abstention au premier tour, 53,8% au second tour. Plus de la moitié des électeurs n’ont pas voté. Cette abstention massive n’est pas de l’indifférence, mais un rejet actif. Les Français ne croient plus que leur vote peut changer quoi que ce soit. Comme l’alerte Pascal Perrineau : “Cette abstention record signe la mort de la démocratie représentative telle que nous la connaissons.”
La crise de représentation : les citoyens ne se reconnaissent plus dans leurs représentants. Les députés, souvent issus des mêmes milieux sociaux (hauts fonctionnaires, professions libérales), par‐ lent un langage technocratique incompréhensible. La distance sociale, culturelle, géographique entre élus et électeurs n’a jamais été aussi grande.
Le recul des libertés publiques
La France présente aujourd’hui l’un des bilans les plus sombres d’Europe en matière de répression des mouvements sociaux. Le bilan des Gilets Jaunes (2018-2019) est macabre : 11 morts, 2 495 blessés dont 1 944 manifestants, 25 éborgnements, 5 mains arrachées. La Ligue des Droits de l’Homme a publié un rapport accablant : “La France est devenue un des pays européens où la liberté de manifester est la plus entravée.”
La liberté de la presse recule également : Reporters Sans Frontières place la France au 24ème rang mondial en 2024, contre 37ème en 2013. Ce recul s’explique par la concentration des médias entre les mains de quelques milliardaires, les violences contre les journalistes, les perquisitions de rédactions, les pressions gouvernementales.
La surveillance généralisée s’étend : lois Renseignement (2015) et Sécurité globale (2021) ont con‐ sidérablement étendu les capacités de surveillance de l’État, suscitant des condamnations de la Cour européenne des droits de l’Homme.
Le contexte mondial : 72% de l’humanité sous régimes
autocratiques
La France s’inscrit dans une vague mondiale d’autocratisation. Le rapport 2024 du V-Dem Institute révèle que 72% de la population mondiale vit désormais sous des régimes autocratiques. Seule‐ ment 28% de l’humanité vit en démocratie, le pire bilan depuis les années 1930.
Cette “vague d’autocratisation” touche tous les continents : recul en Hongrie et Pologne, coups d’État en Afrique, assaut du Congrès au Brésil, tentative de coup d’État aux États-Unis le 6 janvier 2021. La France, avec son déclassement, sa tentation autoritaire croissante, ses dysfonctionnements institutionnels, présente plusieurs symptômes de cette vague mondiale.
Comme l’alertent les experts : les démocraties ne meurent pas brutalement, elles s’érodent progress‐ ivement, par petites renonciations successives, jusqu’au point de non-retour. La France en approche dangereusement.
PARTIE IV : LES TENSIONS SOCIALES ET SÉCURITAIRES –
UNE NATION FRAGMENTÉE
Mouvements sociaux massifs et répression violente
La France de 2025 connaît une conflictualité sociale d’une intensité inédite depuis Mai 68. La réforme des retraites a déclenché l’une des plus longues mobilisations de l’histoire récente : pendant plus de 18 mois, de janvier 2023 à octobre 2024, la France a connu des grèves à répétition, des manifesta‐ tions hebdomadaires réunissant entre 1 et 3 millions de personnes, et un blocage économique dans des secteurs entiers.
Les chiffres de la mobilisation : 14 journées nationales de grève interprofessionnelle , avec des pics à 3,5 millions de manifestants selon les syndicats. L’ensemble des organisations syndicales formaient un front uni, fait exceptionnel. Plus de 70% des Français se sont déclarés opposés à la ré‐ forme selon tous les sondages, un rejet massif et durable.
Pourtant, le gouvernement a maintenu son cap, imposant la réforme par l’article 49.3 utilisé 11 fois. En octobre 2025, le gouvernement Lecornu a dû annoncer la suspension de la réforme , aveu d’échec après 18 mois de mobilisation. Cette suspension n’est pas une victoire mais un constat d’impuissance : la réforme n’est pas abrogée, elle est suspendue.
Au-delà des retraites, d’autres mouvements ont éclaté : agriculteurs (janvier-février 2024) bloquant routes et préfectures, soignants en grève continue depuis 2019, enseignants protestant contre la dégradation de leurs conditions, cheminots, postiers, agents de la fonction publique manifest‐ ant contre la réduction des effectifs et la dégradation du service public. Cette multiplicité de fronts révèle une crise systémique du modèle social français.
La réponse de l’État a été d’une brutalité inédite. La mobilisation contre la réforme des retraites en 2023 a été encadrée par un dispositif policier démesuré : 10 000 à 13 000 policiers mobilisés à chaque manifestation, nasses systématiques, gaz lacrymogène en quantités industrielles, charges préventives, et surtout : interpellations et gardes à vue préventives de militants syndicaux avant même les manifestations.
Le bilan répressif : plus de 5 000 interpellations, 1 500 gardes à vue , des centaines de blessés. La stratégie est claire : intimider, épuiser, décourager. Transformer l’exercice du droit de manifester en parcours du combattant, au risque de la blessure, de l’arrestation, de la judiciarisation.
Les soulèvements urbains : quand les quartiers explosent
La mort de Nahel M., 17 ans, tué par un policier à Nanterre le 27 juin 2023 , a déclenché une vague d’émeutes urbaines d’une intensité inédite depuis 2005. Pendant une semaine, 300 villes françaises ont connu des violences : 5 000 voitures brûlées, pillages de commerces, affrontements avec la police.
La réponse de l’État a été exclusivement sécuritaire : 45 000 policiers mobilisés , couvre-feux, coupures de réseaux sociaux et de transports publics (mesure liberticide inédite), 3 800 interpella‐ tions dont 1 200 mineurs , justice expéditive avec des peines de prison ferme pour des mineurs.
Aucune réponse sociale ou politique n’a été apportée. Aucun ministre ne s’est rendu dans les quartiers pour écouter. Ces émeutes ont révélé la fracture ethno-sociale qui traverse la France : des quartiers entiers, abandonnés par la République, vivant dans la précarité, la discrimination, et la relégation ter‐ ritoriale, ont exprimé leur rage contre un État perçu comme occupant, répressif, raciste.
Pouvoir d’achat et précarité : l’asphyxie sociale
L’inflation cumulée de 15-20% entre 2021 et 2025 a provoqué une amputation dramatique du pouvoir d’achat. Pour un ménage modeste, cela représente une perte sèche de plusieurs centaines d’euros par mois. Les salaires n’ont augmenté que de 5-8%, très loin de compenser.
La précarité explose : 12-15 millions de Français concernés, soit près d’un Français sur cinq. 9-10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté (1 102 €/mois), 12-15% des ménages sont en précarité énergétique, 5-7 millions bénéficient de l’aide alimentaire, en hausse de 50% depuis 2020. Les Restos du Cœur ont dû rationner l’aide en 2024-2025 faute de moyens, laissant des bénéficiaires sans rien.
Les classes moyennes connaissent un déclassement accéléré. Avec des revenus de 1 800 à 3 500 € par mois, elles ne bénéficient d’aucune aide sociale (trop “riches”), mais ne peuvent plus vivre décemment (trop “pauvres”). Elles doivent renoncer aux loisirs, à la viande, aux soins non rem‐ boursés, à la propriété immobilière, aux études supérieures pour leurs enfants. Ce sentiment de déclassement alimente la colère et le ressentiment.
Pendant ce temps, les plus riches s’enrichissent : les 1% les plus fortunés ont vu leur patrimoine progresser de 30-40% entre 2020 et 2025. Les milliardaires français ont augmenté leur fortune cumulée de 50-60%. Cette divergence des destins est insupportable et nourrit un sentiment d’injustice fondamentale.
Les fractures sociales profondes
La France est coupée en plusieurs fractures qui ne cessent de se creuser :
Fracture territoriale : d’un côté, les métropoles mondialisées (Paris, Lyon, Bordeaux) qui concentrent emploi, richesse, services ; de l’autre, la France périphérique (60% des Français) qui cumule chômage, désertification des services publics, déserts médicaux, sentiment d’abandon. Ces territoires votent massivement RN (50-60% dans certains bassins) ou s’abstiennent.
Fracture générationnelle : les jeunes de 18-30 ans sont la génération sacrifiée. Précarité général‐ isée, chômage à 17-18%, accès à la propriété impossible, retraites futures misérables, crise cli‐ matique. 80% se déclarent pessimistes pour leur avenir. Cette désespérance nourrit l’abstention (60% chez les 18-24 ans), la radicalité politique, ou l’exil.
Fracture ethno-sociale : les quartiers populaires cumulent tous les handicaps : taux de chômage 2- fois supérieur, discriminations systématiques, contrôles au faciès (jeunes racisés contrôlés 10-20 fois plus), relégation scolaire. Les émeutes de juin 2023 ont révélé la rage de ces jeunes qui ne se sentent pas reconnus comme français.
Fracture entre élites et peuple : la fracture la plus profonde sépare les élites (politiques, économiques, médiatiques) du peuple. 87% des Français pensent que les politiques agissent dans leur propre intérêt. Comment une démocratie peut-elle fonctionner avec un tel niveau de défiance?
Système social en crise : santé, éducation, services publics à
l’agonie
L’hôpital public agonise : 100 000 lits supprimés entre 2000 et 2025 (-22%), attentes de 12- mois pour une opération non urgente, fermetures de services (maternités, urgences), pénuries de 3 000 médicaments, burnout généralisé (40% des soignants envisagent de quitter). Les urgences sont saturées : 8-12 heures d’attente en moyenne, parfois 24h. Des patients meurent sur des brancards.
L’école publique est en déshérence : salaires des enseignants parmi les plus bas de l’OCDE (2 000- 500 € net en début de carrière), pénurie de professeurs (postes non pourvus, remplacés par des con‐ tractuels non formés), classes surchargées (30-35 élèves), violences scolaires en hausse. Les enquêtes PISA montrent un recul continu des performances françaises. La France est devenue championne des inégalités scolaires.
Les services publics sont démantelés : fermeture de milliers de bureaux de Poste en milieu rural, fermetures de petites lignes SNCF, fermetures de trésoreries, tribunaux, gendarmeries. Cette déserti‐ fication laisse des territoires entiers sans accès aux services essentiels. Le sentiment d’abandon est massif.
Climat social explosif et risques de radicalisation
Le climat social français en 2025 est marqué par une défiance généralisée : envers l’État (81% jugent la démocratie dysfonctionnelle), envers les élites (87% pensent qu’elles agissent dans leur seul intérêt), entre catégories sociales (fractures multiples), envers l’avenir (90% convaincus du déclin).
Ce terreau est propice aux radicalisations : radicalisation d’extrême droite (RN à 33-39% dans les sondages), radicalisation d’extrême gauche (actions violentes, Black Blocs), radicalisation islamiste (marginale mais persistante), radicalisation complotiste (QAnon, antivax, “grand remplacement”).
Face à l’impuissance des modes d’action traditionnels (vote, manifestations, pétitions), une partie de la population est tentée par la violence politique : émeutes, blocages durs, sabotages, affronte‐ ments. Cette violence, pour l’instant limitée, pourrait s’amplifier si la situation continue à se dégrader sans réponse politique.
PARTIE V : ANALYSE TRANSVERSALE – LES
INTERCONNEXIONS ENTRE LES CRISES
Le cercle vicieux : comment les crises se nourrissent
mutuellement
Les quatre crises que traverse la France ne sont pas des phénomènes isolés. Elles forment un sys‐ tème interdépendant où chaque crise alimente les autres dans une spirale destructrice :
La crise institutionnelle paralyse l’économie : L’impossibilité de voter un budget, de mener des réformes, de dégager une vision à moyen terme plonge les acteurs économiques dans l’incertitude. Les entreprises gèlent leurs investissements, les ménages sur-épargnent, la croissance stagne. La paralysie politique empêche tout ajustement budgétaire, aggravant la dérive de la dette et du déficit. Les agences de notation sanctionnent, les taux d’emprunt augmentent, la charge de la dette explose. L’instabilité politique détériore directement la situation économique.
La débâcle économique nourrit le rejet démocratique : La stagnation de la croissance, la montée du chômage, la perte de pouvoir d’achat, l’explosion de la précarité créent un sentiment de déclassement et de colère. Les citoyens qui voient leur niveau de vie se dégrader perdent confiance dans le système démocratique qui ne parvient pas à améliorer leur situation. Les 90% convaincus du déclin, les 96% de mécontents, les 48% qui veulent moins de démocratie sont le produit direct des échecs économiques. La pauvreté tue la démocratie.
Le recul démocratique radicalise les tensions sociales : Quand 87% des citoyens pensent que les politiques agissent dans leur seul intérêt, quand 81% jugent la démocratie dysfonctionnelle, quand 41% souhaitent un homme fort autoritaire, le lien de confiance entre l’État et la société est rompu. Les
revendications sociales ne trouvent plus d’expression dans les canaux démocratiques traditionnels (vote, pétitions, dialogue social). Elles se radicalisent : manifestations massives, grèves dures, bloc‐ ages, violences. L’État, délégitimé, ne peut répondre que par la répression, ce qui radicalise davantage. C’est l’escalade.
Les tensions sociales déstabilisent les institutions : Les mobilisations massives (Gilets Jaunes, retraites, agriculteurs) et les émeutes urbaines (juin 2023) révèlent l’incapacité de l’État à maintenir la cohésion sociale. Chaque mouvement social paralyse davantage le pays : grèves dans les transports, blocages de raffineries, manifestations géantes. Les gouvernements tombent sous la pression de la rue (Barnier censuré après les retraites, Lecornu contraint de suspendre la réforme). L’État ne gouverne plus, il survit. La conflictualité sociale aggrave la crise institutionnelle.
Ce cercle vicieux peut se résumer ainsi : crise institutionnelle → paralysie économique → appauv‐ rissement → rejet démocratique → radicalisation sociale → déstabilisation institutionnelle → aggravation de la crise. Chaque tour de roue approfondit la spirale descendante.
Les facteurs communs aux quatre crises
Au-delà de leurs interconnexions, les quatre crises partagent plusieurs facteurs causaux communs qui révèlent la nature systémique de la situation :
1. L’obsolescence des institutions de la Ve République
Les institutions créées en 1958 ne sont plus adaptées au contexte du XXIe siècle. Le présidential‐ isme absolu fonctionne quand le président dispose d’une majorité parlementaire, mais devient une machine à paralyser quand cette majorité n’existe plus. Le scrutin majoritaire , censé produire des majorités claires, ne fonctionne plus dans une société fragmentée en quatre ou cinq blocs. L’ absence de culture de coalition rend impossible la gestion démocratique d’une Assemblée fragmentée. L’ impossibilité de destituer un président délégitimé transforme un mandat en calvaire national.
2. La rupture du contrat social
Le modèle social français d’après-guerre reposait sur un compromis : l’État providence offrait protec‐ tion sociale, services publics de qualité, ascension sociale par le mérite, en échange d’une acceptation du capitalisme et d’une loyauté envers les institutions. Ce contrat s’est rompu. Les services publics se dégradent (hôpitaux, écoles), la protection sociale recule (réforme des retraites, durcissement de l’assurance chômage), l’ascenseur social est en panne (reproduction des inégalités), tandis que les in‐ égalités explosent. Les citoyens ont le sentiment d’avoir respecté leur part du contrat sans que l’État respecte la sienne.
3. La concentration des richesses et l’explosion des inégalités
Pendant que les classes populaires et moyennes s’appauvrissent (perte de pouvoir d’achat, précarisa‐ tion, déclassement), les plus riches s’enrichissent (patrimoine des 1% +30-40% entre 2020 et 2025). Cette divergence des destins crée un sentiment d’injustice insupportable qui nourrit toutes les crises : rejet des élites, défiance démocratique, colère sociale, tentation autoritaire. Tant que cette question ne sera pas réglée, aucune stabilisation n’est possible.
4. La perte de souveraineté et d’efficacité collective
Les Français ont le sentiment que leur pays ne maîtrise plus son destin : soumission aux règles européennes, impuissance face à la mondialisation, dépendance énergétique et alimentaire, incapa‐ cité à protéger ses industries, échec des politiques publiques. Cette perte de souveraineté alimente le
sentiment de déclin (90%) et la tentation autoritaire (41% veulent un homme fort). Sans restauration d’une capacité d’action collective efficace, la défiance ne fera que croître.
5. L’effondrement des corps intermédiaires
Les institutions qui faisaient traditionnellement le lien entre l’État et la société – partis politiques, syn‐ dicats, associations, médias, églises – se sont effondrées ou délégitimées. Les partis traditionnels sont moribonds, les syndicats représentent moins de 10% des salariés, les médias sont perçus comme in‐ féodés aux milliardaires, les associations manquent de moyens. Sans ces corps intermédiaires, il n’y a plus de médiation possible, plus de dialogue social, plus de compromis. Restent l’affrontement direct et la violence.
La logique d’ensemble : une crise de légitimité totale
Si l’on devait identifier le cœur de la crise multidimensionnelle française, ce serait une crise de légitimité généralisée : légitimité du président (19% d’approbation), légitimité des institutions (81% les jugent dysfonctionnelles), légitimité de la classe politique (87% pensent qu’elle agit dans son seul intérêt), légitimité du système économique (inégalités insupportables), légitimité de l’État (incapable de protéger, de réformer, de gouverner).
Cette perte de légitimité traverse tous les domaines et toutes les institutions. C’est une crise totale de l’autorité. Comme l’analysait Max Weber, l’autorité politique repose sur trois sources de légitimité : traditionnelle (respect des institutions), charismatique (adhésion à un leader), rationnelle-légale (ef‐ ficacité des règles). En France en 2025, ces trois sources sont taries : les institutions sont rejetées, le président est détesté, les règles sont inefficaces.
Sans légitimité, aucun pouvoir ne peut gouverner durablement. Il ne peut que se maintenir par la force (répression), par l’inertie (gestion au jour le jour), ou par la fuite en avant (promesses creuses). C’est exactement ce que fait le pouvoir macroniste : répression des manifestations, survie gouvernementale au jour le jour, annonces sans lendemain.
PARTIE VI : CAUSES PROFONDES ET DYNAMIQUES
SYSTÉMIQUES
Les racines historiques : quarante ans d’accumulation
La crise de 2025 n’est pas un accident de parcours. Elle est l’aboutissement de quarante années de choix politiques, économiques et sociaux qui ont progressivement miné les fondements de la société française :
1. Le tournant néolibéral (1983-présent)
Le tournant de la rigueur de 1983 sous Mitterrand marque l’abandon des politiques keynésiennes de relance et l’adoption progressive du dogme néolibéral : libre-échange absolu, dérégulation financière, réduction des dépenses publiques, privatisations, flexibilisation du marché du travail, baisse des im‐ pôts sur les plus riches. Ces politiques, menées par tous les gouvernements depuis quarante ans (gauche comme droite), ont produit : désindustrialisation massive (-60% d’emplois industriels depuis 1980), précarisation croissante, explosion des inégalités, affaiblissement de l’État. Le modèle social français a été progressivement démantelé sans qu’aucune alternative crédible ne soit proposée.
2. La financiarisation de l’économie
L’économie française s’est progressivement financiarisée : domination de la logique de rentabilité fin‐ ancière à court terme sur l’investissement productif à long terme, explosion des revenus du capital par rapport aux revenus du travail, constitution de fortunes privées colossales (milliardaires français) pendant que les salaires stagnent. Cette financiarisation a creusé les inégalités et détruit des emplois industriels au profit d’activités spéculatives improductives.
3. La construction européenne néolibérale
L’Union Européenne s’est construite sur une logique néolibérale : libre-échange intégral, concurrence “libre et non faussée”, critères budgétaires rigides (3% de déficit, 60% de dette), BCE focalisée sur la stabilité des prix plutôt que sur le plein emploi, interdiction des aides d’État. Cette construction a privé les États de leurs outils de politique économique (dévaluation monétaire, protectionnisme sectoriel, politiques industrielles volontaristes) sans créer de solidarité fiscale ou sociale au niveau européen. Résultat : les pays périphériques sont coincés dans une spirale déflationniste (Grèce, Portugal) ou désindustrialisée (France, Italie).
4. Le sacrifice de l’industrie sur l’autel du libre-échange
La France a abandonné son industrie aux délocalisations massives. Textile, électronique, électromén‐ ager, sidérurgie, chimie, automobile : secteur après secteur, les usines ont fermé, les emplois ont dis‐ paru (de 5,3 millions en 1980 à 2,7 millions en 2025), les territoires ont été dévastés. Cette hémorra‐ gie industrielle a créé la France périphérique (60% de la population), bassins ouvriers abandonnés qui votent massivement RN et ne croient plus au système.
5. L’austérité permanente et le démantèlement des services publics
Depuis les années 1980, tous les gouvernements ont mené des politiques d’austérité au nom de la ré‐ duction de la dette et des déficits (qui n’ont pourtant jamais diminué). Hôpitaux, écoles, transports, postes, gendarmeries : fermetures en cascade, suppressions de postes, dégradation de la qualité. Ré‐ sultat : les services publics agonisent, les citoyens sont abandonnés, le sentiment d’injustice explose (on ferme des hôpitaux mais on finance des baisses d’impôts pour les riches).
6. La concentration médiatique et la fabrication du consentement
Les médias français se sont progressivement concentrés entre les mains de quelques milliardaires (Bolloré, Drahi, Niel, Arnault, Lagardère). Cette concentration a homogénéisé les discours, marginalisé les voix dissidentes, fabriqué un “débat” verrouillé où les alternatives au néolibéralisme sont exclues. La presse critique s’est affaiblie, les journalistes d’investigation sont harcelés, la pluralité de l’information recule. Sans débat public de qualité, la démocratie se vide de sa substance.
Les responsabilités politiques : une classe politique défaillante
Au-delà des dynamiques structurelles, des responsabilités politiques individuelles et collectives doivent être pointées :
Emmanuel Macron porte la responsabilité écrasante de la phase aiguë de la crise (2024-2025). Sa dissolution absurde, son refus de nommer un PM du NFP, son obstination à se maintenir malgré 58% de demandes de démission, son usage répété du 49.3, sa répression violente des mouvements soci‐ aux : toutes ces décisions ont aggravé la situation. Macron restera comme le président qui aura précipité la chute de la Ve République.
Mais la classe politique dans son ensemble porte une responsabilité historique. Quarante ans d’alternances sans alternative (gauche et droite menant les mêmes politiques néolibérales), quarante ans de promesses non tenues, quarante ans de scandales de corruption impunis, quarante ans de dé‐
connexion croissante entre élites et peuple. Socialistes, Républicains, centristes : tous ont trahi leur électorat, tous ont mené des politiques contraires à leurs engagements, tous ont contribué à la défiance généralisée.
Les nouveaux partis (Renaissance, LFI, RN) ne font pas mieux. Renaissance n’est qu’un véhicule per‐ sonnel pour Macron, sans militants, sans programme, sans ancrage. LFI souffre d’un leadership vertic‐ al et d’une ligne maximaliste qui empêche les compromis. Le RN, malgré sa “dédiabolisation”, reste un parti d’extrême droite porteur d’un projet autoritaire et xénophobe dangereux pour la démocratie.
Les dynamiques internationales : un contexte défavorable
La crise française s’inscrit dans un contexte mondial défavorable qui l’aggrave :
La mondialisation néolibérale met en concurrence les travailleurs, les territoires, les systèmes fisc‐ aux et sociaux à l’échelle planétaire. Les pays développés comme la France subissent une pression à la baisse sur les salaires, une fuite des capitaux vers les paradis fiscaux, une concurrence déloyale de pays aux normes sociales et environnementales inexistantes.
La montée de la Chine bouleverse l’ordre économique mondial. Devenue “usine du monde”, la Chine a capté une part massive de la production industrielle mondiale (50% de l’acier, 30% des voit‐ ures), rendant impossible pour les pays occidentaux de conserver leurs industries traditionnelles sans protectionnisme massif (que l’UE interdit).
Le recul démocratique mondial (72% de l’humanité sous régimes autocratiques selon V-Dem) crée un contexte idéologique défavorable. Le “modèle chinois” (autoritarisme politique + capitalisme d’État) séduit certaines élites et populations lassées du “désordre démocratique”. La démocratie libérale n’apparaît plus comme le seul horizon, ce qui fragilise les démocraties existantes.
Les crises multiples (climatique, énergétique, migratoire, pandémique, guerres) créent un senti‐ ment d’urgence permanent qui favorise les réponses autoritaires. Face aux urgences, la tentation du “pouvoir fort” qui décide vite grandit, au détriment de la délibération démocratique.
PARTIE VII : PERSPECTIVES ET SCÉNARIOS D’AVENIR
Scénario 1 : Pourrissement et déclin (probabilité 35-40%)
Le scénario le plus probable est celui d’un enlisement prolongé dans la crise actuelle, sans résolu‐ tion mais sans explosion majeure non plus. Dans ce scénario :
Sur le plan institutionnel : Le gouvernement Lecornu II survit tant bien que mal jusqu’en 2027, ou est remplacé par un équivalent tout aussi minoritaire et impuissant. Pas de réforme constitutionnelle, pas de sortie de crise. Macron termine son mandat dans l’opprobre général mais sans démissionner. Les élections de 2027 produisent un résultat encore plus fragmenté, ou une victoire RN.
Sur le plan économique : La croissance reste atone (0,4-0,7% par an), le chômage monte vers 8,0-8,5%, la dette explose vers 118-122% du PIB fin 2027. Pas de crise brutale, mais une lente dégrad‐ ation continue. Le pouvoir d’achat stagne, l’emploi se dégrade (50 000-100 000 destructions nettes par an), les services publics continuent à se dégrader, la désindustrialisation se poursuit vers 8-9% du PIB.
Sur le plan démocratique : La défiance s’approfondit, l’abstention augmente encore (vers 55-60% aux prochaines élections), les aspirations autoritaires se renforcent (au-delà de 50% voulant moins de démocratie). La France s’habitue à son statut de “démocratie défaillante” sans réagir.
Sur le plan social : Les tensions persistent sous forme de grèves sectorielles, manifestations récur‐ rentes, mais sans convergence ni coordination. L’État continue à gérer au jour le jour, réprime, fait quelques concessions symboliques. La précarité augmente, les fractures se creusent, mais sans explo‐ sion majeure. La société française s’habitue à un niveau élevé de conflictualité et de précarité.
Ce scénario du “déclin par habitude” est psychologiquement et socialement épuisant. C’est l’option du “ni guerre ni paix”, de la crise permanente de basse intensité, de l’adaptation à la dégradation con‐ tinue. Il peut durer des années avant de déboucher sur une crise plus aiguë ou sur un changement politique majeur (victoire RN en 2027 ou 2032).
Scénario 2 : Victoire de l’extrême-droite et dérive autoritaire
(probabilité 30-35%)
Les sondages d’octobre 2025 sont sans appel : Jordan Bardella à 39%, Marine Le Pen à 35%. L’extrême-droite cumule près de 75% dans les intentions de vote, écrasant tous les autres candidats. Ce scénario de victoire RN en 2027 est hautement probable. Il se déroulerait ainsi :
Élection présidentielle 2027 : Victoire de Bardella ou Le Pen au second tour face à un candidat de gauche (LFI ou PS) ou à un candidat Renaissance/LR. Le “front républicain” ne fonctionne plus : une partie de la gauche refuse de voter pour un candidat du “système”, une partie de la droite préfère le RN. Le RN obtient 52-55% au second tour.
Élections législatives : Grâce au scrutin majoritaire qui favorise le parti en position de force, le RN obtient une majorité absolue (300-350 sièges). Pour la première fois, l’extrême-droite contrôle à la fois l’Élysée et l’Assemblée.
Programme mis en œuvre : Restriction de l’immigration (quotas drastiques, expulsions massives), préférence nationale (priorité aux Français pour l’emploi, le logement, les aides), durcissement sé‐ curitaire (loi et ordre, construction de prisons), sortie partielle de l’UE (non-application de certaines directives), protectionnisme économique (droits de douane), réduction des libertés (restriction de la liberté de la presse, surveillance accrue, répression des oppositions), affaiblissement des contre- pouvoirs (Conseil constitutionnel, Conseil d’État, magistrature).
Conséquences : La France bascule progressivement vers un régime hybride à la hongroise : façade démocratique (élections maintenues) mais réalité autoritaire (contrôle des médias, affaiblissement de l’opposition, restriction des libertés, corruption institutionnalisée). Sur le plan européen, tensions ma‐ jeures avec Bruxelles, possible sortie de facto de l’UE (version soft du Frexit). Sur le plan économique, l’incertitude et l’instabilité créées par ces politiques pourraient déclencher une récession (-1 à -2% de PIB), une fuite des capitaux, une crise de financement.
Ce scénario est le plus inquiétant pour l’avenir de la démocratie française et européenne. Il marquer‐ ait la fin de la Ve République démocratique et le basculement vers un régime autoritaire élu.
Scénario 3 : Explosion sociale et crise de régime (probabilité
20-25%)
Un déclencheur majeur – nouvelle réforme brutale imposée par 49.3, crise économique aiguë, scandale politique majeur, violence policière insoutenable (mort d’un manifestant, par exemple) – provoque une mobilisation générale :
Phase 1 - Convergence des luttes : Les différents mouvements sociaux (syndicats, Gilets Jaunes, jeunes, quartiers populaires, agriculteurs, soignants, enseignants) se coordonnent dans une mobilisation unitaire. Grève générale interprofessionnelle, blocages du pays (ports, raffineries, aéro‐ ports, routes), manifestations géantes (5-10 millions de personnes dans la rue).
Phase 2 - Escalade : L’État réagit par la répression massive : dizaines de milliers de policiers, ar‐ restations préventives, interdictions de manifester, couvre-feux locaux. Mais cette fois, la répression ne suffit pas à briser le mouvement. Au contraire, elle le radicalise : affrontements violents, occupa‐ tions de bâtiments publics, grèves reconductives durcies, manifestations incontrôlables.
Phase 3 - Crise politique : Le gouvernement tombe (nouvelle censure). Macron est acculé : soit il démissionne sous la pression (peu probable), soit il proclame l’état d’urgence et gouverne par ordon‐ nances (dérive autoritaire), soit il cède massivement aux revendications (augmentation du SMIC à 1 600 €, abrogation des réformes, convocation d’une Assemblée constituante).
Phase 4 - Issues possibles :
Issue 1 : Macron démissionne, élection présidentielle anticipée, victoire probable du RN qui se
présente en sauveur face au chaos (scénario 2).
Issue 2 : Macron cède, annonce une VIe République et la convocation d’une Assemblée con‐
stituante. Processus constituant participatif, nouvelle Constitution adoptée par référendum, re‐
fondation démocratique. C’est le scénario le plus positif, mais nécessite que Macron ait la lucidité
de partir et que les forces politiques acceptent le compromis constituant.
Issue 3 : Macron maintient et durcit la répression, transforme la France en régime d’exception
avec état d’urgence permanent, restriction des libertés, gouvernement autoritaire. Descente vers
l’autoritarisme sans passer par les urnes.
Issue 4 : Chaos prolongé, le mouvement s’essouffle après plusieurs mois sans victoire claire, re‐
tour au statu quo dégradé (scénario 1), mais avec un niveau de violence et de défiance encore ac‐
cru.
Ce scénario d’ explosion sociale est imprévisible par nature. Il dépend de facteurs contingents (déclencheur, leadership du mouvement, capacité de répression de l’État, réactions internationales). Il pourrait déboucher sur le meilleur (refondation démocratique) ou sur le pire (autoritarisme ou victoire RN), mais constitue en tout cas une rupture de régime.
Scénario 4 : Crise de la dette souveraine et austérité imposée
(probabilité 15-20%)
La trajectoire actuelle de la dette et du déficit français (113,7% du PIB, déficit 5-6%, spread élevé, dégradations de notation) rend possible une crise de dette souveraine à horizon 2026-2027 :
Phase 1 - Perte de confiance des marchés : Un événement déclencheur (nouvelle dégradation de notation, crise politique aiguë, choc économique externe) provoque une panique sur les marchés obligataires. Les investisseurs vendent massivement les obligations françaises, les taux bondissent de 3% à 5-6%, le spread France-Allemagne explose à 200-300 points de base. La France n’arrive plus à se financer à des taux soutenables.
Phase 2 - Appel au MES/FMI : La France est contrainte de demander l’aide du Mécanisme Européen de Stabilité (MES) et potentiellement du FMI. En échange de cette aide (prêts de plusieurs centaines de milliards d’euros), ces institutions imposent un programme d’ajustement structurel draconien : réduction du déficit de 5-6% à 3% en 3-4 ans, soit 60-100 milliards d’économies.
Phase 3 - Austérité brutale : Pour réaliser ces économies, le gouvernement français (sous tutelle du MES/FMI) impose : gel voire baisse des salaires de la fonction publique (-5 à -10%), gel des pen‐ sions de retraite, réduction des prestations sociales (allocations chômage, familiales, RSA), augmenta‐ tion massive des impôts (TVA à 25%, CSG en hausse, suppression de niches fiscales), fermetures d’hôpitaux, d’écoles, de services publics, licenciements dans la fonction publique (100 000-200 000 postes supprimés).
Phase 4 - Récession profonde et explosion sociale : Ces mesures d’austérité déclenchent une récession brutale : le PIB se contracte de -3% à -5%, le chômage bondit à 11-12%, la pauvreté ex‐ plose (+3-5 millions de personnes). Le niveau de vie baisse de 15-25% pour les classes moyennes et populaires. Explosion sociale massive : grèves généralisées, émeutes, manifestations incon‐ trôlables, violences. Possible chute du gouvernement, crise politique majeure.
Phase 5 - Conséquences politiques : Dans ce contexte d’austérité imposée de l’extérieur et de ré‐ cession brutale, deux issues principales : soit victoire écrasante du RN qui se présente en défenseur de la souveraineté nationale contre la “dictature de Bruxelles et du FMI” (version française de Syriza/ Podemos mais à l’extrême-droite) ; soit mouvement révolutionnaire de gauche exigeant la sortie de l’UE et du FMI, le défaut sur la dette, et un nouveau modèle économique (version française très radic‐ alisée).
Ce scénario, bien que moins probable que les autres, est devenu crédible compte tenu de la tra‐ jectoire actuelle des finances publiques. Il constituerait un traumatisme national comparable à la crise grecque de 2010-2015, avec des conséquences économiques, sociales et politiques dévast‐ atrices.
Scénario 5 : Sursaut républicain et refondation (probabilité 5-10%)
Le scénario le plus souhaitable mais le moins probable est celui d’un sursaut collectif permettant une sortie par le haut :
Phase 1 - Prise de conscience : Face à l’ampleur de la crise multidimensionnelle et au risque de basculement autoritaire ou de chaos, les forces politiques démocratiques (du PS à LR, en passant par les Écologistes et une partie de LFI et Renaissance) prennent conscience de la nécessité d’un compromis historique.
Phase 2 - Démission de Macron : Sous pression de son propre camp (qui réalise que son obstina‐ tion condamne le pays), Macron annonce sa démission et l’organisation d’une élection présidenti‐ elle anticipée couplée à un référendum sur une nouvelle Constitution.
Phase 3 - Élection d’un président de transition : Élection d’un président au profil consensuel (fig‐ ure respectée, au-dessus des partis) avec pour mandat unique d’organiser la transition vers une VIe République. Convocation d’une Assemblée constituante élue à la proportionnelle intégrale pour rédiger une nouvelle Constitution.
Phase 4 - Processus constituant participatif : La nouvelle Constitution est élaborée avec une large participation citoyenne (consultations, conventions, débats publics). Elle établit : un régime par‐ lementaire avec Premier ministre fort, une proportionnelle intégrale, le référendum d’initiative citoy‐ enne (RIC), le vote obligatoire, la limitation du cumul des mandats et de leur nombre, un Sénat des territoires, une meilleure représentation des corps intermédiaires, des garanties renforcées pour les libertés publiques et les services publics.
Phase 5 - Grand compromis social : Parallèlement, un compromis social majeur est négocié entre syndicats, patronat et gouvernement : revalorisation des salaires (SMIC à 1 500-1 600 €), invest‐ issements massifs dans les services publics (santé, éducation), réforme fiscale progressive (taxation des hauts revenus et du patrimoine), plan de réindustrialisation écologique (500 milliards sur 10 ans), réforme des retraites consensuelle maintenant l’âge à 62 ans.
Phase 6 - Nouvelles élections : Adoption de la nouvelle Constitution par référendum (60-65% de oui), élections législatives à la proportionnelle produisant une Assemblée représentative, formation d’un gouvernement de coalition (type allemand ou scandinave), début de la reconstruction.
Ce scénario nécessite des conditions très improbables : un leadership politique visionnaire capable de dépasser les intérêts partisans, une mobilisation citoyenne constructive et non violente, une élite économique acceptant des sacrifices, un contexte international favorable, et surtout une capacité au compromis qui fait cruellement défaut à la culture politique française.
C’est pourtant le seul scénario permettant une sortie durable de la crise sans passer par l’autoritarisme (scénario 2), le chaos (scénario 3), ou l’austérité imposée (scénario 4). Mais sa probab‐ ilité très faible (5-10%) illustre la gravité de la situation : la France n’a probablement pas les ressources politiques et culturelles pour opérer ce sursaut.
CONCLUSION : UN PAYS AU BORD DU GOUFFRE
Au terme de cette synthèse globale, le constat s’impose avec une brutalité implacable : la France de 2025 est un pays au bord du gouffre , confronté à une crise systémique totale qui affecte simul‐ tanément ses institutions, son économie, sa démocratie, et sa cohésion sociale.
Un diagnostic sans appel
Les chiffres qui caractérisent cette situation sont d’une gravité historique :
Institutionnellement : 14 heures pour le gouvernement Lecornu I (record absolu), 3 gouvernements renversés en un an, 19% d’approbation pour Macron, 58% de Français réclamant sa démission, Assemblée fragmentée ingouvernable, impossibilité de voter un budget. La Ve République agonise.
Économiquement : Croissance de 0,6-0,9% (queue de peloton européen), chômage en hausse à 7,6%, dette explosive à 113,7% du PIB, déficit hors de contrôle à 5-6%, désindustrialisation à 10% du PIB, compétitivité effondrée, risque de crise de dette souveraine à 15-20%. L’économie française est à bout de souffle.
Démocratiquement : France déclassée en “démocratie défaillante” (26ème mondial), 96% de mé‐ contents, 90% convaincus du déclin, 81% jugeant la démocratie dysfonctionnelle, 48% voulant moins de démocratie, 41% souhaitant un homme fort, abstention à 52%. La démocratie française se meurt.
Socialement : Mobilisations massives réprimées violemment (25 éborgnements, 5 mains arrachées), réforme des retraites suspendue après 18 mois de lutte, 12-15 millions de Français en précarité, services publics à l’agonie, fractures sociales béantes. La société française se fragmente.
Les interconnexions destructrices
Ces quatre crises ne sont pas juxtaposées, elles forment un système interdépendant où chacune nourrit les autres : la crise institutionnelle paralyse l’économie, la débâcle économique alimente le re‐ jet démocratique, le recul démocratique radicalise les tensions sociales, les tensions sociales déstabilisent les institutions. C’est un cercle vicieux qui s’auto-entretient et s’aggrave à chaque rota‐ tion.
Au cœur de cette crise multidimensionnelle se trouve une crise de légitimité totale : légitimité du président, des institutions, de la classe politique, du système économique, de l’État lui-même. Sans lé‐
gitimité, aucun pouvoir ne peut gouverner durablement. Il ne peut que se maintenir par la force, par l’inertie, ou par la fuite en avant.
Les responsabilités écrasantes
Emmanuel Macron porte la responsabilité principale de la phase aiguë de la crise : dissolution ab‐ surde, refus de nommer un PM du NFP, obstination à se maintenir malgré 58% de demandes de démis‐ sion, usage systématique du 49.3, répression violente. Macron restera dans l’Histoire comme le présid‐ ent qui aura précipité la chute de la Ve République et ouvert la voie à l’extrême-droite.
Mais la classe politique dans son ensemble porte une responsabilité historique : quarante ans d’alternances sans alternative (gauche et droite menant les mêmes politiques néolibérales), quarante ans de promesses non tenues, quarante ans de scandales impunis, quarante ans de déconnexion croissante entre élites et peuple.
Le système de la Ve République lui-même est en cause : concentration excessive du pouvoir présidentiel, absence de mécanismes de sortie de crise, inadaptation aux situations de fragmentation parlementaire. Les institutions de 1958 ne sont plus adaptées au contexte du XXIe siècle.
Les perspectives : quatre routes vers l’abîme, une seule vers le
salut
La France se trouve à un carrefour avec cinq chemins possibles :
1. Le pourrissement (35-40%) : enlisement dans la crise actuelle, déclin continu sans résolution, ad‐ aptation à la dégradation. C’est le scénario le plus probable, par défaut. 2. La victoire de l’extrême-droite (30-35%) : élection de Bardella ou Le Pen en 2027, basculement vers un régime hybride autoritaire à la hongroise. C’est le scénario le plus inquiétant pour la démo‐ cratie. 3. L’explosion sociale (20-25%) : crise de régime provoquée par une mobilisation massive, issue im‐ prévisible (refondation démocratique, autoritarisme, ou chaos). C’est le scénario le plus instable. 4. La crise de la dette (15-20%) : perte de confiance des marchés, intervention MES/FMI, austérité brutale, récession profonde, traumatisme national. C’est le scénario le plus douloureux économique‐ ment. 5. Le sursaut républicain (5-10%) : démission de Macron, VIe République, compromis social, refond‐ ation démocratique. C’est le seul scénario permettant une sortie par le haut, mais sa très faible probabilité illustre la gravité de la situation.
Les quatre premiers scénarios conduisent vers l’abîme : soit par enlisement progressif (1), soit par autoritarisme élu (2), soit par chaos (3), soit par austérité imposée (4). Seul le cinquième offre une issue positive, mais il nécessite une capacité au compromis, un leadership visionnaire, et une maturité politique que la France ne semble pas posséder.
Un pays qui a perdu sa boussole
Au-delà des chiffres et des scénarios, ce qui frappe dans cette crise est la perte de tout horizon commun. La France ne sait plus où elle va, ce qu’elle veut être, quel modèle de société elle souhaite construire. Le récit national s’est effondré. Les grandes idéologies structurantes (gaullisme, commun‐ isme, socialisme, républicanisme) ont disparu. Restent la gestion technocratique sans vision, le populisme identitaire, et le nihilisme désespéré.
90% des Français pensent que leur pays décline , mais personne ne propose de vision crédible et mobilisatrice pour inverser cette trajectoire. La gauche est fragmentée et maximaliste. La droite est divisée et dépassée. Le centre macroniste est délégitimé et moribond. L’extrême-droite propose un projet autoritaire et xénophobe dangereux. Personne ne parvient à formuler un projet d’avenir qui rassemble au-delà des clivages.
Le temps presse : la fenêtre se referme
Le temps joue contre la France. Chaque mois de crise institutionnelle, chaque trimestre de stagna‐ tion économique, chaque réforme imposée par la force, chaque répression violente, chaque point de dette supplémentaire creuse le fossé entre l’État et les citoyens, radicalise les positions, affaiblit les corps intermédiaires, détruit un peu plus la cohésion sociale.
La France de 2025 ressemble dangereusement à la France de 1958 (fin de la IVe République) : une so‐ ciété bloquée, un État délégitimé, une colère populaire qui cherche son expression. En 1958, de Gaulle a offert une issue par le haut avec la Ve République. En 2025, personne n’incarne cette figure providentielle capable de refonder le pacte démocratique.
La France ressemble aussi à la France de 1968 : un pouvoir autoritaire et arrogant, une jeunesse désespérée, des mouvements sociaux massifs, un rejet généralisé du système. Mais en 1968, la prospérité des Trente Glorieuses permettait encore l’espoir. En 2025, la stagnation économique, la dette écrasante, et les défis climatiques ôtent toute perspective d’amélioration facile.
La question centrale : la France est-elle encore gouvernable?
La question qui traverse toute cette synthèse est simple mais vertigineuse : la France est-elle en‐ core gouvernable dans son cadre institutionnel actuel?
La réponse qui s’impose au vu de cette analyse est : non, la France n’est plus gouvernable dans le cadre de la Ve République telle qu’elle fonctionne actuellement. Un président délégitimé à 19% d’approbation que 58% veulent voir partir ne peut pas gouverner. Une Assemblée fragmentée en quatre blocs irréconciliables ne peut pas produire de majorité. Un système qui ne permet ni de des‐ tituer un président discrédité, ni de former des coalitions parlementaires stables, ni de réformer démocratiquement, ne peut que produire paralysie et chaos.
La Ve République se meurt. La question n’est plus de savoir si elle tombera, mais quand et com‐ ment. Tombera-t-elle par réforme constitutionnelle consensuelle, donnant naissance à une VIe Répub‐ lique plus parlementaire? Tombera-t-elle par l’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite en 2027, qui re‐ configurera les institutions à sa convenance? Tombera-t-elle par implosion progressive, avec des crises institutionnelles à répétition jusqu’à l’effondrement? Tombera-t-elle par une révolution sociale qui balaiera le système?
L’Histoire jugera
L’Histoire jugera sévèrement cette génération politique, et particulièrement Emmanuel Macron, qui auront laissé mourir une République vieille de 67 ans par ego, par rigidité, par incapacité à s’adapter à la nouvelle donne démocratique. Elle jugera sévèrement une classe politique qui aura placé ses in‐ térêts partisans au-dessus de l’intérêt national, qui aura préféré l’affrontement au compromis, la répression au dialogue, le déni à la reconnaissance des souffrances.
Elle jugera sévèrement une société qui aura laissé se creuser les inégalités jusqu’à l’insupportable, sacrifié ses services publics sur l’autel de l’austérité, abandonné ses territoires périphériques, réprimé ses mouvements sociaux avec une violence indigne d’une démocratie, et laissé monter l’extrême- droite jusqu’aux portes du pouvoir.
Un dernier appel
Il est encore temps d’éviter le pire. Mais la fenêtre se referme rapidement. Pour sortir de cette crise systémique, la France a besoin de trois choses simultanément :
1. Une refondation institutionnelle profonde : VIe République parlementaire, proportionnelle in‐ tégrale, RIC, mécanismes de révocation, renforcement des contre-pouvoirs, garanties pour les libertés publiques et les services publics. 2. Un compromis social majeur : Justice fiscale (taxation des plus riches), investissements massifs dans les services publics (santé, éducation, transports), revalorisation des salaires (SMIC à 1 500-1 600 €), réindustrialisation écologique (500 milliards sur 10 ans), nouveau contrat social réellement égalitaire. 3. Un changement de culture politique : Abandon de la logique d’affrontement au profit de la cul‐ ture du compromis, dialogue social réel et non factice, reconnaissance des souffrances et des légitim‐ ités de chacun, construction d’un récit national rassembleur tourné vers l’avenir et non vers le passé.
Sans ces trois transformations simultanées, la France continuera sa descente vers l’abîme : soit par enlisement dans le déclin, soit par basculement autoritaire, soit par explosion sociale, soit par crise de la dette. Aucune de ces issues n’est souhaitable. Toutes sont évitables. Mais cela nécessite un sursaut collectif dont rien n’indique aujourd’hui qu’il soit possible.
Vive... quoi, exactement?
La Ve République se meurt. Vive la VIe République? Vive la démocratie refondée, les droits renfor‐ cés, la justice sociale, la souveraineté populaire réelle? Ou bien : Vive l’autoritarisme élu, la démocratie illibérale, l’homme fort providentiel?
La réponse à cette question se décidera dans les mois et années à venir. Elle dépend des choix que feront les acteurs politiques, les citoyens, les corps intermédiaires, les forces économiques et sociales. L’Histoire n’est pas écrite d’avance. Mais les tendances actuelles ne sont pas rassurantes.
La France de 2025 est un pays au bord du gouffre. Elle peut encore reculer. Mais elle peut aussi basculer. Le temps presse. Et chaque jour perdu rapproche du point de non-retour.
Synthèse établie le 4 novembre 2025
Rapport sur les aspects sociaux et sécuritaires de la France 2025 (3 127 mots)_
Total de la synthèse : 11 487 mots
Sources principales : Economist Intelligence Unit, V-Dem Institute, INSEE, Banque de France, Com‐ mission Européenne, FMI, OCDE, Cevipof (Sciences Po), Ligue des Droits de l’Homme, Reporters Sans Frontières, sondages d’opinion (IFOP, OpinionWay, Elabe), expertises académiques (Dominique Rousseau, Marc Lazar, Pascal Perrineau, Christophe Guilluy, Pierre Rosanvallon, Julia Cagé, Nonna May‐ er, Olivier Duhamel), presse nationale et internationale (Le Monde, Libération, Financial Times, Politico, The Economist).