Date : 8 novembre 2025

INTRODUCTION GÉNÉRALE

À l'aube de l'année 2025, le continent européen se trouve à un carrefour existentiel, pris dans l'étau de forces centrifuges qui menacent non seulement la pérennité du projet d'intégration communautaire, mais aussi la cohésion fondamentale de ses sociétés et la stabilité de ses régimes démocratiques. Longtemps perçue comme un bastion de prospérité, de stabilité et de coopération multilatérale, l'Europe est aujourd'hui le théâtre d'un phénomène multidimensionnel et insidieux : la fragmentation sociale et cognitive. Ce processus complexe, qui s'est accéléré au cours de la dernière décennie sous l'effet de crises successives – financière, migratoire, sanitaire, énergétique et géopolitique –, se manifeste par une polarisation politique croissante, une érosion alarmante de la confiance envers les institutions, et une atomisation des réalités cognitives qui sape les fondements mêmes d'un espace public partagé. L'Europe contemporaine n'est plus seulement une mosaïque de nations, mais un archipel de groupes sociaux, de communautés identitaires et de bulles informationnelles qui coexistent avec une méfiance et une incompréhension mutuelles croissantes.

L'importance académique et sociale de ce sujet ne saurait être surestimée. Sur le plan académique, l'étude de la fragmentation européenne en 2025 nous oblige à repenser les cadres d'analyse traditionnels de la science politique, de la sociologie et de l'économie. Les clivages classiques gauche-droite, les modèles de comportement électoral et les théories de l'intégration européenne semblent de moins en moins capables d'expliquer la complexité des dynamiques actuelles. La montée en puissance de partis populistes d'extrême-droite, la reconfiguration du paysage politique autour d'une tripartition idéologique, et l'impact structurel de la révolution numérique sur la cognition et le débat public exigent une approche interdisciplinaire et innovante. Comprendre la fragmentation n'est donc pas un simple exercice de description, mais une nécessité théorique pour renouveler nos outils conceptuels et appréhender les transformations profondes des sociétés démocratiques avancées. Sur le plan social et politique, les enjeux sont encore plus pressants. La fragmentation menace directement le contrat social qui lie les citoyens à leurs États et les États membres entre eux au sein de l'Union européenne. Elle alimente l'instabilité politique, rend la formation de gouvernements et la conduite de politiques publiques cohérentes de plus en plus difficiles, et fragilise la résilience du continent face aux défis externes, qu'il s'agisse de la compétition des grandes puissances, du changement climatique ou des futures pandémies. En érodant la solidarité et le sentiment d'un destin commun, la fragmentation met en péril la capacité de l'Europe à agir collectivement et à défendre son modèle de société ouverte et démocratique dans un monde de plus en plus instable.

La problématique centrale de cette thèse peut être formulée comme suit : Comment les dynamiques économiques, politiques, sociales et géopolitiques contemporaines s'articulent-elles pour produire un double processus de fragmentation sociale et cognitive en Europe en 2025, et quelles sont les conséquences de cette fragmentation sur la cohésion des sociétés nationales et l'avenir du projet européen ? Cette problématique se décline en plusieurs questions de recherche qui guideront notre analyse. Premièrement, quels sont les mécanismes théoriques qui sous-tendent la fragmentation sociale et cognitive, et comment s'influencent-ils mutuellement ? Deuxièmement, dans quelle mesure les inégalités économiques, les divergences de croissance et les impacts sociaux des transitions structurelles constituent-ils le terreau de cette fragmentation ? Troisièmement, comment les enjeux d'immigration et de sécurité sont-ils instrumentalisés pour devenir des vecteurs majeurs de polarisation politique et de division sociétale ? Enfin, quel a été le rôle des conflits externes, notamment la guerre en Ukraine et la crise à Gaza, comme catalyseurs et accélérateurs de ces dynamiques de fragmentation internes ?

Pour répondre à ces questions, cette thèse est structurée en quatre parties thématiques qui s'emboîtent logiquement. La première partie établira le cadre théorique et conceptuel indispensable à notre analyse. Elle définira rigoureusement les concepts de fragmentation sociale et cognitive, en explorant leurs fondements sociologiques et psychologiques. Elle présentera ensuite les manifestations politiques de ce phénomène, notamment la tripartition du paysage politique européen, la montée du populisme comme idéologie de la division, et la crise généralisée de la confiance institutionnelle. Cette partie se conclura par une analyse de l'impact de l'écosystème numérique et de l'intelligence artificielle sur la fragmentation cognitive, posant ainsi les bases conceptuelles pour le reste de l'étude.

La deuxième partie se penchera sur les dimensions économiques de la fragmentation. Elle examinera comment la persistance des inégalités de revenus et de patrimoine, les trajectoires de croissance divergentes entre les États membres, et les impacts sociaux différenciés des grandes transitions (écologique et industrielle) créent des fractures profondes au sein des sociétés européennes. Cette partie démontrera que l'insécurité économique, le sentiment de déclassement et la perception d'une injustice systémique constituent le carburant principal de la polarisation politique et de la montée des discours populistes, établissant un lien de causalité direct entre les fractures économiques et la fragmentation sociale.

La troisième partie analysera le rôle central des enjeux d'immigration et de sécurité comme catalyseurs de la fragmentation. Elle étudiera le nouveau cadre juridique et technologique de l'Union européenne, incarné par le Pacte sur la migration et l'asile et les frontières numériques, qui consacre une approche sécuritaire et divise les États membres. Elle montrera comment la question migratoire est devenue le principal clivage politique et social, instrumentalisée par les mouvements populistes pour alimenter les "guerres culturelles" et la peur identitaire. Cette partie mettra un accent particulier sur la manière dont ce sujet contribue à la fragmentation cognitive, en favorisant la désinformation et la création de réalités informationnelles parallèles.

La quatrième partie se concentrera sur l'impact des deux conflits majeurs aux portes de l'Europe : la guerre en Ukraine et la crise à Gaza. Elle analysera comment ces crises géopolitiques externes ont agi comme de puissants accélérateurs des divisions internes. La guerre en Ukraine a fragmenté l'Europe sur les plans économique, énergétique et militaire, ravivant la fracture Est-Ouest. Le conflit à Gaza, quant à lui, a révélé l'impuissance diplomatique de l'UE et a importé une polarisation sociétale et cognitive extrême au cœur des sociétés européennes, exacerbant les tensions autour de l'antisémitisme et de l'islamophobie.

La méthodologie adoptée pour cette thèse est résolument interdisciplinaire, mobilisant des outils et des concepts issus de la science politique, de la sociologie, de l'économie, de la psychologie cognitive et des études des médias. L'analyse repose sur une synthèse critique d'une vaste gamme de sources académiques, de rapports institutionnels (Commission européenne, BCE, Eurostat, OCDE), d'enquêtes d'opinion (Eurobaromètre), de publications d'organisations non gouvernementales et d'analyses de presse de premier plan, avec un focus sur les données et les événements des années 2024 et 2025. Une approche comparative sera systématiquement employée pour mettre en lumière les variations nationales et régionales du phénomène de fragmentation. Les cas de la France, de l'Allemagne et du Royaume-Uni seront étudiés en détail comme représentatifs des dynamiques à l'œuvre dans les grandes nations d'Europe occidentale, chacun avec ses spécificités. Une perspective sur l'Europe de l'Est, à travers les exemples de la Pologne et de la Hongrie, permettra d'analyser les formes plus radicales de fragmentation, où le pouvoir politique devient lui-même l'agent de la division. En combinant analyse théorique, données empiriques et études de cas comparatives, cette thèse ambitionne de fournir une compréhension holistique et nuancée de la fragmentation, le défi le plus structurel auquel l'Europe est confrontée en 2025.

Partie I : Cadre théorique et conceptuel

1. Cadre Théorique et Conceptuel de la Fragmentation

Pour appréhender la complexité de la situation européenne en 2025, il est impératif de définir et de distinguer deux dimensions interdépendantes de la fragmentation : la dimension sociale, qui concerne la structure et la cohésion des sociétés, et la dimension cognitive, qui touche aux processus mentaux individuels et collectifs dans un environnement informationnel saturé.

1.1 La Fragmentation Sociale : Définitions et Cadres Analytiques

La fragmentation sociale se définit comme le processus par lequel une société se divise en sous-groupes de plus en plus distincts et isolés, partageant de moins en moins de valeurs, d'expériences ou d'objectifs communs. Ce phénomène conduit à une réduction de la cohésion sociale, à une augmentation de la polarisation et à un affaiblissement du sentiment d'appartenance collective. Historiquement, des facteurs tels que les barrières linguistiques, l'isolement national et la construction des États-nations ont contribué à une fragmentation sociologique en Europe, en créant des espaces de non-communication et des débats sociaux cloisonnés. Ces divisions historiques persistent et sont ravivées par de nouvelles lignes de fracture.

En 2024-2025, la fragmentation sociale en Europe est alimentée par une convergence de facteurs économiques, culturels et politiques. Sur le plan économique, la fragmentation du commerce mondial, marquée par des politiques de découplage sélectif entre blocs géopolitiques, a des répercussions sociales directes. Des rapports de la Banque Centrale Européenne de 2024 indiquent que de telles barrières commerciales peuvent entraîner des pertes de production et une inflation accrue, exacerbant les inégalités sociales et creusant les écarts entre les régions et les classes sociales. Ce découplage économique, que nous analyserons en détail dans la Partie II, se traduit par une fragmentation sociale, où les tensions économiques nourrissent le ressentiment et la division.

Sur le plan politique et culturel, la fragmentation se manifeste par une radicalisation des positions et une méfiance croissante envers le système politique. Les élections européennes de 2024 en Allemagne, par exemple, ont révélé une fragmentation politique qui est le miroir d'une fragmentation sociale profonde. Les stéréotypes et les clivages régionaux, notamment entre l'Est et l'Ouest de l'Allemagne, exacerbent les tensions. La montée de l'extrémisme est ainsi enracinée dans un scepticisme généralisé envers les institutions politiques, perçues comme incapables de répondre aux préoccupations des citoyens. Les analyses des élections allemandes de 2025 confirment cette tendance, montrant une polarisation où les groupes d'électeurs deviennent de plus en plus homogènes et distants les uns des autres, renforçant les extrêmes. Cette instabilité des systèmes de partis, particulièrement visible en Europe Centrale et Orientale, contribue à l'aliénation des électeurs et à une baisse de la participation électorale, signe d'un contrat social effrité.

1.2 La Fragmentation Cognitive : L'Impact du Numérique

La fragmentation cognitive est un concept plus récent, désignant les perturbations des processus mentaux fondamentaux tels que l'attention, la mémoire et la prise de décision, souvent causées par des facteurs externes comme la technologie numérique. Des études psychologiques publiées en 2025 montrent que l'utilisation intensive des réseaux sociaux a un impact négatif mesurable sur l'attention soutenue, la mémoire de travail et le contrôle cognitif, en particulier chez les jeunes adultes en Europe. La nature rapide et fragmentée du contenu sur des plateformes comme TikTok et Snapchat entraîne une surcharge cognitive, réduisant la capacité de concentration et pouvant exacerber des problèmes de santé mentale comme l'anxiété.

Le lien entre fragmentation cognitive et sociale est crucial. Les mêmes technologies numériques qui fragmentent la cognition individuelle contribuent également à la division sociale. En favorisant la création de chambres d'écho et de bulles de filtres, les algorithmes des réseaux sociaux réduisent l'exposition à des perspectives diversifiées et renforcent les croyances préexistantes. Ce phénomène non seulement isole les individus dans des réalités informationnelles distinctes, mais diminue également la communication interpersonnelle et la capacité à l'empathie, des éléments essentiels à la cohésion sociale. La surcharge cognitive générée par un excès d'options et d'informations sur les médias sociaux fait écho aux défis de la prise de décision dans des systèmes politiques fragmentés, où la prolifération des partis peut augmenter les exigences cognitives pour les électeurs et, paradoxalement, entraîner une baisse de la participation. Ainsi, la fragmentation cognitive n'est pas seulement une pathologie individuelle, mais un phénomène structurel qui sape les fondements d'un débat public partagé et rationnel, alimentant directement la polarisation sociale.

2. Dynamiques Politiques et Crise de Confiance en Europe

La fragmentation sociale et cognitive trouve une expression particulièrement visible dans la sphère politique. La reconfiguration du paysage partisan, la montée en puissance du populisme et une crise de confiance profonde envers les institutions démocratiques sont à la fois les symptômes et les moteurs de cette dynamique de division.

2.1 La Tripartition du Paysage Politique Européen

Le paysage politique européen de 2025 est de plus en plus structuré autour d'une tripartition : un bloc de gauche (social-démocrate, écologiste, progressiste), un bloc de centre-droit (conservateur, libéral-conservateur) et un bloc d'extrême-droite (national-conservateur, populiste). Cette structure remplace progressivement le clivage bipolaire traditionnel qui a longtemps défini la politique européenne. Cette tripartition repose sur une structure bidimensionnelle de clivages : un clivage économique (intervention de l'État contre liberté du marché), qui définit traditionnellement l'axe gauche-droite, et un clivage culturel (libéralisme social contre conservatisme), qui est devenu le terrain de prédilection de l'extrême-droite.

La dynamique la plus marquante de cette tripartition est la montée en puissance du bloc d'extrême-droite, qui a profondément déstabilisé l'équilibre politique. Les partis d'extrême-droite ont réussi à s'imposer en se positionnant de manière très conservatrice sur les questions culturelles (immigration, identité nationale) tout en adoptant parfois des positions économiques plus centristes pour attirer des électeurs désaffectés des classes populaires. Cette stratégie a mis une pression considérable sur le centre-droit, conduisant à un phénomène de "cannibalisation" idéologique. Des analyses de 2025 montrent que les partis conservateurs traditionnels en Allemagne et en France, par exemple, ont durci leurs positions sur l'immigration pour concurrencer l'extrême-droite, souvent sans parvenir à regagner le soutien des électeurs perdus. Cette convergence idéologique asymétrique vers la droite réduit la diversité de l'offre politique et exacerbe la polarisation. Pendant ce temps, la gauche, bien que toujours pertinente sur les questions économiques et sociales, peine à imposer ses thèmes face à la prédominance des débats culturels et identitaires.

2.2 La Montée du Populisme comme Vecteur de Fragmentation

Le populisme agit comme un puissant catalyseur de la fragmentation politique et sociale. En tant qu'idéologie mince, il se caractérise par une vision manichéenne du monde opposant un "peuple pur" à une "élite corrompue". Ce discours trouve un écho particulier dans un contexte de fragmentation économique et sociale, que nous détaillerons dans la Partie II. Des cadres sociologiques montrent que la croissance économique biaisée en faveur des plus qualifiés, alimentée par la mondialisation, a polarisé les identités sociales. Les individus hautement qualifiés adoptent des valeurs plus individualistes, tandis que les groupes moins qualifiés se tournent vers des valeurs communautaires, créant un sentiment de déclin de statut social relatif. Le populisme mobilise ce ressentiment en offrant des boucs émissaires (les élites, les immigrés, les institutions supranationales) et des solutions simplistes.

Le populisme ne se contente pas d'exploiter la fragmentation, il l'amplifie activement. En attaquant frontalement les institutions démocratiques (justice, médias, parlements), les leaders populistes érodent la confiance et sapent les normes du débat public. Leur discours anti-élitiste et leur préférence pour une démocratie plus directe et locale renforcent le rejet des structures de gouvernance nationales et supranationales, perçues comme distantes et bureaucratiques. Des études montrent que la présence de partis populistes au parlement conduit à une convergence idéologique des autres partis, qui adoptent des positions similaires pour contrer la menace populiste, réduisant ainsi le pluralisme démocratique. En Europe centrale et orientale, comme nous le verrons dans notre analyse comparative, les discours populistes manipulent les récits historiques et culturels pour construire des "ennemis du peuple", fragmentant davantage la société sur des lignes ethniques ou idéologiques.

2.3 Le Déclin de la Confiance Institutionnelle

La fragmentation politique et la montée du populisme sont indissociables d'un déclin généralisé de la confiance institutionnelle. Les données du Eurobaromètre de 2024 confirment cette tendance préoccupante. La confiance dans les gouvernements et les parlements nationaux a chuté de manière significative, une tendance exacerbée par les crises successives (financière, migratoire, sanitaire, économique). Bien que la confiance dans l'Union Européenne ait connu une légère hausse relative, elle reste à des niveaux historiquement bas dans de nombreux États membres.

Cette crise de confiance a des implications profondes pour la démocratie. Une faible confiance institutionnelle est corrélée à une moindre participation civique, une plus grande insatisfaction à l'égard de la démocratie et une réceptivité accrue aux discours populistes et anti-système. Les moteurs de ce déclin sont multiples. La performance économique reste un facteur clé : les périodes de récession ou de forte inflation érodent la confiance. L'augmentation des inégalités de revenus, qui sera l'objet de la Partie II, joue également un rôle majeur, car elle alimente la perception que les institutions sont au service d'une élite et non de l'intérêt général. L'environnement médiatique, et en particulier les réseaux sociaux, amplifie le mécontentement et propage les récits de défiance. Il existe des variations notables à travers l'Europe : la confiance dans les institutions locales et régionales reste souvent plus élevée en raison de leur proximité perçue, créant un "fossé de confiance" entre les différents niveaux de gouvernance. Cette érosion du capital de confiance constitue une menace structurelle pour le contrat social européen, rendant la gouvernance plus difficile et la société plus fragile.

3. Fragmentation Numérique et Cognitive à l'Ère de l'IA

La dimension cognitive de la fragmentation est intrinsèquement liée à l'écosystème numérique contemporain. Les réseaux sociaux et les systèmes d'intelligence artificielle (IA) qui les régissent ne sont pas de simples canaux de communication ; ils façonnent activement la manière dont les individus perçoivent le monde, interagissent entre eux et forment leurs opinions, accélérant ainsi la fragmentation à une échelle sans précédent.

3.1 Réseaux Sociaux, Chambres d'Écho et Désinformation

Les plateformes de médias sociaux sont devenues les principaux architectes de la fragmentation cognitive. Leur modèle économique, basé sur la captation de l'attention, favorise la création de chambres d'écho et de bulles de filtres. Une chambre d'écho est un environnement informationnel fermé où les croyances d'un individu sont amplifiées et renforcées par la répétition au sein d'un réseau social homogène. Ce phénomène est le résultat d'une combinaison de facteurs sociaux et algorithmiques. Socialement, la tendance humaine à l'homophilie – le fait de s'associer avec des personnes qui nous ressemblent – conduit les utilisateurs à former des groupes polarisés. Algorithmiquement, les systèmes de recommandation personnalisent le contenu en fonction des interactions passées de l'utilisateur, créant une "bulle de filtre" qui l'isole involontairement de points de vue divergents.

Ces environnements fragmentés sont un terrain fertile pour la désinformation, définie comme la diffusion intentionnelle d'informations fausses ou trompeuses. Des études montrent que la désinformation se propage plus vite et plus loin que l'information vérifiée, notamment parce qu'elle fait appel aux émotions et exploite les biais cognitifs comme le biais de confirmation. Dans une chambre d'écho, une fausse nouvelle peut devenir virale grâce à un effet de "bandwagon" (effet de ralliement), où les membres du groupe se renforcent mutuellement dans leur croyance erronée. Des campagnes de désinformation organisées, souvent menées par des acteurs étatiques ou non étatiques, exploitent délibérément ces mécanismes pour semer la discorde, exacerber la polarisation politique et éroder la confiance dans les institutions traditionnelles comme les médias et la science. Le résultat est une fragmentation de l'espace public en une multitude de réalités alternatives, rendant le consensus social quasi impossible, un mécanisme que nous retrouverons à l'œuvre dans l'analyse des enjeux migratoires (Partie III) et des conflits externes (Partie IV).

3.2 L'Impact des Algorithmes d'IA sur la Fragmentation Cognitive

L'intelligence artificielle, et plus spécifiquement les algorithmes d'apprentissage automatique, est au cœur de ce processus de fragmentation. Ces systèmes ne sont pas neutres ; ils sont conçus pour maximiser l'engagement des utilisateurs, ce qui les conduit souvent à privilégier les contenus sensationnalistes, extrêmes ou émotionnellement chargés, car ce sont ceux qui génèrent le plus de réactions. Cette logique algorithmique crée une boucle de rétroaction qui renforce les biais et les idées fausses. Un utilisateur qui interagit avec un contenu complotiste se verra proposer davantage de contenus similaires, l'enfermant progressivement dans une vision du monde de plus en plus déformée.

Les projections pour 2025 et au-delà indiquent que les avancées en matière d'IA pourraient encore aggraver ce phénomène. Le développement d'IA génératives capables de créer des textes, des images et des vidéos ultra-réalistes (deepfakes) rend la distinction entre le vrai et le faux de plus en plus difficile pour le citoyen moyen. De plus, la tendance à la migration des utilisateurs vers des plateformes de niche, ou "echo platforms", où l'ensemble de la communauté partage une idéologie homogène, pourrait amplifier la fragmentation à un niveau systémique. Ces plateformes, souvent créées en réaction aux politiques de modération des grands réseaux, deviennent des sanctuaires pour les discours extrêmes et la désinformation, à l'abri de toute contradiction. Sans une régulation adéquate et des efforts massifs en matière d'éducation aux médias et de littératie numérique, l'IA risque de devenir l'un des plus puissants moteurs de fragmentation cognitive et sociale, menaçant les fondements mêmes des sociétés démocratiques.

4. Analyse Comparative : France, Allemagne, Royaume-Uni et Perspective d'Europe de l'Est

Pour ancrer ce cadre théorique dans la réalité empirique de 2025, cette section propose une analyse comparative de trois grandes nations d'Europe occidentale – la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni – et met en lumière les dynamiques spécifiques de la fragmentation en Europe de l'Est, à travers les cas de la Pologne et de la Hongrie.

4.1 La France : Polarisation Aiguë et Montée du Rassemblement National

La France se distingue par un niveau de polarisation politique et affective particulièrement élevé, principalement concentré sur l'axe droit/extrême-droite. Les élections législatives anticipées de 2024, déclenchées après le succès historique du Rassemblement National (RN) aux élections européennes (31,4 % des voix), ont cristallisé cette fragmentation. Avec une participation record, ces élections ont vu le RN obtenir 33,2 % des voix au premier tour, un score sans précédent qui témoigne de la profondeur de son ancrage. Bien que la stratégie du "front républicain" ait limité ses gains au second tour (environ 142 sièges), le RN est devenu une force incontournable du paysage politique français.

La montée du RN, orchestrée par Marine Le Pen à travers une stratégie de "dédiabolisation", illustre parfaitement la dynamique de fragmentation. Le parti a capitalisé sur les angoisses liées à l'immigration, à l'insécurité et au déclin économique, tout en modérant son discours sur l'Europe pour attirer un électorat plus large. La société française apparaît fracturée le long de lignes culturelles et géographiques, avec une forte hostilité affective entre les partisans des différents blocs. La fragmentation cognitive est également palpable, les débats publics étant souvent dominés par des controverses identitaires amplifiées par les réseaux sociaux, où le RN mène une stratégie de communication très efficace. En 2025, la France est un cas d'étude de la manière dont la fragmentation politique peut conduire à une instabilité gouvernementale chronique et à une société profondément divisée.

4.2 L'Allemagne : Fragmentation du Système Partisan et Normalisation de l'AfD

L'Allemagne, longtemps considérée comme un bastion de stabilité, connaît une intensification de la fragmentation de son système partisan et une dérive vers la droite. Les élections fédérales de février 2025 ont marqué un tournant, avec le parti d'extrême-droite Alternative für Deutschland (AfD) devenant la deuxième force politique du pays avec 20,8 % des voix. Ce résultat historique, couplé aux victoires de l'AfD lors des élections régionales de 2024 dans plusieurs Länder de l'Est (Thuringe, Brandebourg, Saxe), confirme la normalisation d'un parti autrefois marginal.

La fragmentation en Allemagne est alimentée par des clivages profonds : un clivage économique et culturel persistant entre l'Est et l'Ouest, des angoisses liées à l'immigration et une insatisfaction croissante à l'égard de la coalition gouvernementale sortante. L'AfD a su exploiter ces griefs en se positionnant comme le principal parti anti-establishment. Contrairement à la France, la fragmentation allemande se traduit moins par une bipolarisation que par une multiplication des acteurs politiques (avec l'émergence de nouveaux partis comme l'Alliance Sahra Wagenknecht), rendant la formation de coalitions stables de plus en plus complexe. Le "cordon sanitaire" maintenu par les autres partis à l'encontre de l'AfD limite son accès au pouvoir exécutif, mais sa présence renforcée au Bundestag polarise les débats et exerce une pression idéologique sur le centre-droit (CDU/CSU). L'Allemagne illustre comment la fragmentation peut éroder un consensus politique historiquement robuste et introduire une instabilité systémique.

4.3 Le Royaume-Uni : Populisme Post-Brexit et l'Émergence du Reform UK

Au Royaume-Uni, la fragmentation politique a suivi une trajectoire distincte, profondément marquée par le Brexit. La polarisation s'est cristallisée autour de ce clivage identitaire, et bien qu'elle soit peut-être moins intense en termes de fragmentation du système de partis que sur le continent (en raison du système électoral majoritaire), elle se manifeste par une forte polarisation affective et une dérive droitière des politiques publiques. L'année 2024 a vu une percée significative du parti populiste Reform UK, dirigé par la figure emblématique du Brexit, Nigel Farage.

Lors des élections générales de 2024, Reform UK a obtenu environ 14 % des voix et a réussi à faire élire cinq députés, dont Farage lui-même. Ce succès, bien que modeste en termes de sièges, a eu un impact considérable en "cannibalisant" l'électorat du Parti Conservateur et en imposant ses thèmes (immigration, critique des politiques climatiques) au cœur du débat public. Le populisme de Farage, basé sur une "performance de la crise" et une rhétorique anti-élite, continue de résonner auprès d'une partie de l'électorat désillusionnée par le statu quo. Les élections locales de 2025 ont constitué un test pour la capacité de Reform UK à transformer son soutien populaire en une véritable implantation locale, avec des résultats mitigés. Le cas britannique démontre comment, même dans un système bipartite, un acteur populiste peut fragmenter le paysage politique, exacerber les "guerres culturelles" et remodeler durablement l'agenda politique national.

4.4 Perspective d'Europe de l'Est : Le Modèle de Fragmentation Illibérale en Pologne et en Hongrie

La Pologne et la Hongrie offrent une perspective différente et radicale de la fragmentation, où celle-ci est activement orchestrée par le pouvoir en place pour consolider un régime "illibéral". En Hongrie, le Fidesz de Viktor Orbán, au pouvoir depuis 2010, a systématiquement démantelé les contre-pouvoirs démocratiques (justice, médias, société civile) pour créer un État centralisé et idéologiquement homogène. En Pologne, le parti Droit et Justice (PiS), bien qu'ayant perdu le pouvoir national fin 2023, a suivi une trajectoire similaire pendant ses huit années de gouvernement et conserve une influence considérable, avec une chance de revenir au pouvoir lors de l'élection présidentielle de 2025.

Dans ces pays, le populisme n'est pas seulement une force d'opposition, mais un outil de gouvernance. Les leaders comme Orbán et Kaczyński utilisent une rhétorique nationaliste, anti-UE et anti-immigration pour polariser la société et mobiliser leur base électorale. Ils emploient ce que certains analystes appellent un "autoritarisme positif", mêlant des discours de peur et de ressentiment à des affects positifs comme la fierté nationale et l'optimisme, pour projeter une image de force et d'efficacité. La crise ukrainienne, comme nous le verrons dans la Partie IV, a révélé des divergences, la Pologne adoptant une ligne dure contre la Russie tandis que la Hongrie maintenait une position ambiguë, mais les deux gouvernements ont utilisé la crise pour renforcer leur discours souverainiste. Ces cas illustrent un modèle de fragmentation où l'État lui-même devient le principal agent de division sociale et politique, sapant activement le pluralisme et les normes démocratiques européennes de l'intérieur.

Ayant ainsi posé les fondations théoriques et conceptuelles de notre analyse, nous allons maintenant nous pencher sur la première grande dimension empirique de la fragmentation : les fractures économiques qui traversent le continent.

Partie II : Les Dimensions Économiques de la Fragmentation Sociale en Europe

Introduction

La fragmentation sociale qui traverse les sociétés européennes contemporaines ne peut être appréhendée sans une analyse approfondie de ses soubassements économiques. Comme notre cadre théorique l'a suggéré, les fractures sociales et politiques sont souvent l'expression de tensions économiques profondes. Les dynamiques observées en 2024 et projetées pour 2025 agissent comme de puissants catalyseurs des tensions sociales, des clivages politiques et de la montée des populismes. Cette deuxième partie de notre thèse se consacre à l'examen rigoureux de ces facteurs économiques. Nous analyserons comment les inégalités de revenus et de patrimoine, loin de se résorber, se sont cristallisées, voire aggravées, nourrissant un sentiment de déclassement et d'injustice. Nous étudierons ensuite les trajectoires de croissance divergentes entre les grands pôles économiques du continent – France, Allemagne, Royaume-Uni – et les économies d'Europe de l'Est, révélant une Europe à plusieurs vitesses où les disparités structurelles s'accentuent. Les grandes transitions, notamment écologique avec le Pacte Vert et numérique, seront examinées sous l'angle de leurs impacts sociaux différenciés, créant de nouvelles lignes de fracture entre les bénéficiaires et les laissés-pour-compte. Les phénomènes de désindustrialisation et les efforts de réindustrialisation, les choix en matière de politiques budgétaires et fiscales, ainsi que les défis démographiques qui pèsent sur le modèle social européen, constitueront autant de dimensions critiques de notre analyse. Enfin, cette partie établira de manière explicite les liens de causalité entre ces dynamiques économiques et les manifestations politiques de la fragmentation : la polarisation, la défiance envers les institutions et la montée en puissance des discours populistes qui exploitent ces fractures économiques pour redéfinir le paysage politique européen.

2.1. La Persistance et l'Aggravation des Inégalités Économiques

Les inégalités économiques constituent le socle sur lequel prospèrent de nombreuses formes de fragmentation sociale en Europe. L'analyse des données pour la période 2024-2025 révèle une situation complexe où les politiques redistributives peinent à contenir des forces structurelles puissantes qui creusent les écarts de revenus et, de manière encore plus prononcée, de patrimoine. La pauvreté, qu'elle soit mesurée objectivement ou ressentie subjectivement, demeure à un niveau élevé, agissant comme un marqueur tangible des fractures qui traversent le continent.

2.1.1. Inégalités de Revenus et de Patrimoine : Une Divergence Croissante

Les inégalités de revenus au sein de l'Union européenne, bien que modérées par des systèmes de prélèvements et de transferts sociaux, montrent une tendance à la hausse sur le long terme. Les données disponibles pour 2024-2025 confirment que les pressions inflationnistes des années précédentes ont durablement affecté le pouvoir d'achat des ménages les plus modestes, exacerbant les disparités. Le coefficient de Gini, indicateur synthétique des inégalités de revenus, se maintenait autour de 0,30 en moyenne dans l'UE en 2021, masquant des réalités nationales très contrastées. Des pays comme la Bulgarie affichaient un indice de 0,38, témoignant d'écarts significatifs, tandis que la France, avec un Gini de 0,294, se situait dans une position intermédiaire, moins inégalitaire que les pays du Sud et de l'Est, mais plus que les nations nordiques. L'analyse pré-redistribution montre une augmentation notable des inégalités de niveau de vie depuis les années 1990, principalement due au chômage et à la stagnation salariale pour les bas revenus. Si l'effet redistributif des politiques publiques s'est amplifié, il ne parvient qu'à stabiliser la situation post-redistribution, sans inverser la tendance de fond. En France, par exemple, le rapport entre le 9ème et le 1er décile de revenus a augmenté de 17 % entre 2002 et 2021 avant redistribution, signe d'un écartement des extrêmes de l'échelle des revenus primaires.

Plus préoccupantes encore sont les inégalités de patrimoine, qui se sont creusées de manière beaucoup plus spectaculaire que celles des revenus au cours des deux dernières décennies. La période 2024-2025 s'inscrit dans la continuité de cette tendance, principalement alimentée par la valorisation des actifs immobiliers et financiers. En France, les analyses de l'INSEE montrent que la part du patrimoine détenue par les 10 % des ménages les plus fortunés a dépassé les 50 % en 2022, contre 45 % en 2004. Cette concentration de la richesse est le fruit d'une longue période de taux d'intérêt bas et d'une inflation qui a favorisé les détenteurs d'actifs, créant une "prime à la propriété" qui accentue le clivage entre propriétaires et locataires. Ce phénomène n'est pas propre à la France ; il est observé à travers l'Europe, avec une intensité particulière dans les pays où les marchés immobiliers sont moins régulés. Ces inégalités de patrimoine, souvent invisibles dans les statistiques de revenus, sont un facteur majeur de reproduction des inégalités sur le long terme et contribuent à un sentiment d'injustice et de blocage social.

2.1.2. La Pauvreté Monétaire et Subjective : Un Indicateur de Fracture Sociale

En 2024, environ 21 % de la population de l'Union européenne, soit 93,3 millions de personnes, étaient menacés de pauvreté ou d'exclusion sociale. Ce chiffre, bien que relativement stable, masque des disparités géographiques profondes, avec des taux atteignant 30,3 % en Bulgarie contre 15,4 % aux Pays-Bas. La pauvreté monétaire, définie par un revenu inférieur à 60 % du revenu médian national, touchait 9,1 millions de personnes en France métropolitaine en 2022 (14,5 %), un chiffre qui avoisine les 11,2 millions si l'on inclut les départements d'outre-mer et les populations précaires non comptabilisées. Les projections pour 2025 n'indiquent pas d'amélioration significative, les pressions inflationnistes et les coûts de l'énergie continuant de peser lourdement sur les budgets des ménages à faibles revenus. L'intensité de la pauvreté, qui mesure l'écart entre le revenu des pauvres et le seuil de pauvreté, s'élevait en moyenne à 23,1 % dans l'UE en 2024, atteignant des pics en Roumanie (32 %) et en Italie (30 %), ce qui signifie que les personnes pauvres le sont de plus en plus.

Au-delà de ces mesures objectives, la pauvreté subjective, c'est-à-dire le sentiment de ne pas pouvoir joindre les deux bouts, révèle une autre dimension de la fracture sociale. En France, en 2023, 14,6 millions de personnes déclaraient rencontrer des difficultés financières, et 22 % estimaient leur situation financière difficile. Ce décalage entre mesure objective et perception subjective est encore plus frappant dans certains pays. En Grèce, par exemple, le taux de pauvreté subjective atteignait 67 % en 2023, contre un taux de pauvreté monétaire de 18,9 %. Cet écart s'explique par des facteurs culturels, mais surtout par un sentiment généralisé de précarité, de chômage élevé et d'exclusion sociale qui transcende les simples seuils de revenus. Cette perception d'une dégradation des conditions de vie, même parmi des populations non considérées comme pauvres au sens statistique, constitue un puissant moteur de mécontentement social et de défiance politique, offrant un terreau fertile à la fragmentation.

2.2. Disparités de Croissance et Divergences Structurelles au Sein de l'Union

L'hétérogénéité économique de l'Europe s'est manifestée avec acuité au cours de la période 2024-2025, marquée par des trajectoires de croissance nationales profondément divergentes. Alors que le continent dans son ensemble peinait à trouver un élan de reprise durable, les performances des grands moteurs économiques comme l'Allemagne et la France contrastaient non seulement entre elles, mais aussi avec celles du Royaume-Uni post-Brexit et des économies dynamiques mais fragiles d'Europe de l'Est. Ces disparités ne sont pas de simples fluctuations conjoncturelles ; elles révèlent des divergences structurelles qui façonnent des réalités sociales et politiques distinctes, contribuant à la fragmentation du projet européen.

2.2.1. Trajectoires de Croissance Hétérogènes : France, Allemagne, Royaume-Uni

L'année 2024 a mis en lumière la fragilité du modèle économique allemand, traditionnellement fondé sur l'exportation. Confrontée à des coûts énergétiques élevés, à une faible demande intérieure et à une concurrence internationale accrue, notamment de la part de la Chine, l'Allemagne a connu une contraction de son PIB de 0,2 %, marquant une deuxième année de récession. Bien qu'une timide reprise soit amorcée au premier trimestre 2025 (+0,2 %), les projections pour l'année restent modestes, autour de 1,1 %. Le taux de chômage, bien que toujours bas à 6,0 % en octobre 2024, devrait légèrement augmenter en 2025, reflétant les difficultés du secteur industriel. Cette situation de "malade de l'Europe" contraste fortement avec l'image de puissance économique stable que le pays projetait.

La France, de son côté, a fait preuve d'une résilience relative, affichant une croissance modeste mais positive de 0,6 % en 2024, soutenue par une consommation intérieure et un secteur des services plus robustes. Les prévisions pour 2025 tablent sur une croissance similaire à celle de l'Allemagne, autour de 1,1 %, portée par un reflux de l'inflation. Cependant, cette performance en demi-teinte ne suffit pas à masquer les défis structurels, notamment un taux de chômage qui stagne autour de 7-8 % et une dette publique qui contraint les marges de manœuvre budgétaires. La divergence avec l'Allemagne illustre un clivage croissant entre une économie française plus dépendante de la demande interne et des dépenses publiques, et un modèle allemand ultra-spécialisé et vulnérable aux chocs externes.

Le Royaume-Uni, quant à lui, a émergé d'une récession technique au premier trimestre 2024 avec une croissance de 0,6 %, dépassant les attentes. Les prévisions pour l'ensemble de l'année 2024 s'établissent à 0,5 % et à 1,0 % pour 2025. Cette reprise est toutefois fragile, freinée par les séquelles du Brexit, une productivité stagnante et une inflation persistante qui pèse sur le pouvoir d'achat. Le PIB par habitant montre des signes de stagnation depuis 2023, et le marché du travail, bien que présentant un taux de chômage relativement bas (4-5 %), est marqué par une hausse de l'inactivité. La trajectoire britannique, distincte de celle de la zone euro, ajoute une couche de complexité au paysage économique européen, illustrant les coûts de la fragmentation politique.

2.2.2. Le Cas de l'Europe de l'Est : Rattrapage Économique et Nouvelles Inégalités

Les économies d'Europe centrale et orientale (PECO) ont poursuivi leur processus de convergence économique, mais à des rythmes variables et non sans générer de nouvelles tensions. La Pologne s'est distinguée par un dynamisme remarquable, avec une croissance prévue entre 2,8 % et 3,6 % en 2024, et une accélération attendue en 2025 (3-3,6 %). Cette performance est tirée par une forte consommation intérieure, alimentée par la hausse des salaires réels, et par un afflux d'investissements liés aux fonds européens du plan de relance. Ce succès économique, qui positionne la Pologne comme une future puissance économique régionale, s'accompagne cependant de défis structurels, notamment une forte dépendance au charbon et des disparités régionales persistantes.

La Hongrie présente un tableau plus mitigé. Bien que bénéficiant de la reprise régionale avec une croissance d'environ 2,6 % en 2024, le pays a connu une augmentation de 25,5 % des faillites d'entreprises, signalant des vulnérabilités dans les secteurs manufacturier et des transports. Les politiques économiques menées par le gouvernement Orbán, tout en soutenant la demande à court terme, ont creusé les déficits et créé des incertitudes pour les investisseurs. Plus largement, la croissance dans les PECO, bien que supérieure à celle de l'Europe de l'Ouest, reste dépendante de la conjoncture de la zone euro, en particulier de la santé de l'économie allemande. De plus, cette croissance ne se traduit pas toujours par une réduction des inégalités. Les tensions sociales liées à l'inflation, aux politiques migratoires restrictives que nous aborderons dans la Partie III, et aux pressions sur les services publics témoignent du fait que le rattrapage économique ne rime pas nécessairement avec cohésion sociale, créant ainsi des formes spécifiques de fragmentation au sein de ces sociétés.

2.3. Les Transitions Structurelles et leurs Impacts Sociaux Différenciés

L'Europe est engagée dans des transformations économiques profondes, dictées par l'impératif climatique et la révolution numérique. Ces transitions, incarnées notamment par le Pacte Vert pour l'Europe (Green Deal), sont porteuses de promesses de modernisation et de compétitivité. Cependant, leur mise en œuvre en 2024-2025 révèle des impacts sociaux profondément différenciés, qui créent de nouvelles lignes de fracture et exacerbent les tensions existantes. Parallèlement, le continent est confronté à une dynamique complexe de désindustrialisation continue dans certains secteurs et de tentatives de réindustrialisation stratégique, dont les conséquences sur l'emploi, les territoires et la cohésion sociale sont considérables.

2.3.1. Le Pacte Vert pour l'Europe (Green Deal) : Entre Ambition Écologique et Risques Sociaux

Le Pacte Vert, avec son objectif de neutralité climatique d'ici 2050, représente un projet de transformation sans précédent de l'économie européenne. Toutefois, les politiques mises en œuvre pour atteindre cet objectif, telles que l'extension du système d'échange de quotas d'émission (ETS) aux secteurs du bâtiment et des transports, génèrent des coûts qui ne sont pas répartis uniformément. Les analyses pour 2024-2025 confirment que ces politiques engendrent de nouveaux "risques sociaux-écologiques". Les ménages à faibles revenus et les classes moyennes inférieures sont les plus durement touchés par la hausse des prix de l'énergie et des carburants, ce qui peut entraîner une précarité énergétique accrue et un sentiment d'injustice. Cette situation crée un "clivage éco-social" où les impératifs environnementaux sont perçus comme étant en opposition avec les préoccupations sociales.

Pour atténuer ces effets, l'Union européenne a mis en place des mécanismes de compensation comme le Fonds pour une Transition Juste (FTJ), doté de près de 20 milliards d'euros, et le Fonds Social pour le Climat (FSC), qui doit mobiliser plus de 86 milliards d'euros pour aider les ménages vulnérables. Cependant, de nombreuses analyses critiques soulignent l'insuffisance de ces fonds au regard de l'ampleur des chocs sociaux attendus. De plus, la période 2024-2025 est marquée par un recul politique face à l'ambition du Green Deal. Sous la pression des lobbys industriels et agricoles, et face à la montée des mouvements populistes qui instrumentalisent le mécontentement social, plusieurs réglementations clés ont été affaiblies ou retardées. Cette dynamique révèle la difficulté de construire un "nouveau contrat social" qui articule justice sociale et transition écologique, et risque de transformer le Pacte Vert en un facteur de fragmentation plutôt qu'en un projet fédérateur.

2.3.2. La Désindustrialisation et les Tentatives de Réindustrialisation : Un Enjeu de Souveraineté et de Cohésion

Après des décennies de déclin, l'idée d'une réindustrialisation de l'Europe a gagné en popularité, portée par les impératifs de souveraineté stratégique révélés par la pandémie et la guerre en Ukraine. Cependant, la période 2024-2025 est marquée par un constat alarmant : la tendance à la réindustrialisation observée en France et ailleurs s'est inversée. L'année 2025 est qualifiée d' "année décisive", où le risque d'une nouvelle vague de désindustrialisation est devenu tangible. En France, le solde net des créations et fermetures d'usines a fortement ralenti, et les annonces de plans sociaux se sont multipliées, menaçant des centaines de milliers d'emplois, notamment dans les secteurs de l'automobile, de la chimie et de la sidérurgie.

Les causes de ce retournement sont multiples. La perte de compétitivité liée aux prix de l'énergie, bien plus élevés en Europe qu'aux États-Unis ou en Chine depuis la fin des approvisionnements en gaz russe bon marché (un impact direct de la guerre en Ukraine que nous analyserons dans la Partie IV), est un facteur majeur. La concurrence agressive de la Chine, qui inonde le marché européen avec ses surcapacités de production, en est un autre. En Allemagne, la baisse des investissements industriels a été spectaculaire (-71 % sur un an), témoignant de la crise profonde que traverse son modèle. Cette désindustrialisation rampante a des conséquences sociales dévastatrices : elle détruit des emplois qualifiés, fragilise des bassins d'emploi entiers, creuse les déficits commerciaux et accentue la dépendance de l'Europe. Les efforts de réindustrialisation, axés sur les technologies vertes et le numérique, sont certes nécessaires mais ne suffiront pas, à court terme, à compenser les pertes d'emplois et à reconstruire un tissu productif dense et diversifié. Ce décalage entre le discours sur la réindustrialisation et la réalité de la désindustrialisation nourrit un sentiment de déclassement et de trahison dans les anciennes régions industrielles, qui constituent des bastions pour les votes populistes.

2.4. Le Rôle des Politiques Publiques dans la Dynamique des Inégalités

Les politiques publiques, qu'elles soient menées au niveau national ou européen, jouent un rôle déterminant dans la modulation ou l'amplification des inégalités et, par conséquent, de la fragmentation sociale. Les choix en matière de discipline budgétaire, de fiscalité, de protection sociale et de gestion des transitions démographiques ne sont pas neutres. La période 2024-2025 est caractérisée par une tension croissante entre, d'une part, un retour à des règles budgétaires strictes prônant l'austérité et, d'autre part, la nécessité de répondre aux défis sociaux et démographiques qui exigent des investissements massifs et une plus grande solidarité.

2.4.1. Politiques Budgétaires et Fiscales : Entre Rigueur et Justice Sociale

Après la parenthèse de la crise Covid-19, qui avait vu la suspension des règles budgétaires européennes, l'année 2024 a marqué le retour du Pacte de stabilité et de croissance (PSC), bien que réformé. Ce nouveau cadre, tout en offrant une flexibilité accrue pour les investissements stratégiques (verts, numériques), maintient l'objectif de réduction des déficits publics sous la barre des 3 % du PIB et de la dette sous les 60 %. Pour de nombreux pays, dont la France et l'Italie, cela se traduit par la nécessité d'engager des plans d'économies drastiques. Le projet de loi de finances pour 2025 en France illustre parfaitement ce dilemme : il vise à réaliser des dizaines de milliards d'euros d'économies, principalement par des coupes dans les dépenses publiques, notamment dans les services publics, l'aide au développement et les fonds pour la transition écologique.

Ces politiques d'austérité sont vivement critiquées pour leurs effets récessifs et leur impact social inégalitaire. Les réductions de dépenses publiques affectent de manière disproportionnée les ménages les plus modestes, qui dépendent davantage des services publics (santé, éducation) et des aides sociales. Parallèlement, les politiques fiscales peinent à instaurer une plus grande justice. Malgré des débats récurrents, les propositions de taxation accrue des plus hauts revenus et des superprofits des entreprises restent souvent lettre morte ou se limitent à des mesures temporaires et d'ampleur limitée. Des organisations comme Oxfam dénoncent régulièrement un système fiscal qui permet aux plus riches et aux grandes entreprises de bénéficier de niches et d'échapper à une juste contribution, creusant ainsi le fossé des inégalités. Cette perception d'une politique du "deux poids, deux mesures", où la rigueur s'applique aux services publics et aux classes populaires tandis que les plus fortunés sont épargnés, alimente puissamment la défiance envers les gouvernements et les institutions, et renforce le discours populiste qui oppose le "peuple" à une "élite" jugée complice de ces injustices.

2.4.2. Le Modèle Social Européen à l'Épreuve des Défis Démographiques

Le modèle social européen, caractérisé par une grande hétérogénéité mais fondé sur des principes communs de protection sociale et de solidarité, est confronté à un défi existentiel : le vieillissement démographique. La période 2024-2025 voit ce phénomène s'accélérer. La combinaison d'une espérance de vie qui s'allonge et de taux de fécondité durablement bas transforme la pyramide des âges du continent. En 2024, l'âge médian dans l'UE a atteint 44,7 ans, et le ratio de dépendance des personnes âgées (le nombre de personnes de 65 ans et plus pour 100 personnes en âge de travailler) s'élevait à 33,9 %, un chiffre appelé à presque doubler d'ici la fin du siècle. La France, longtemps considérée comme une exception démographique, a vu son taux de natalité chuter à un niveau historiquement bas en 2024, remettant en cause la soutenabilité future de son système social.

Les conséquences économiques et sociales de ce "choc démographique" sont immenses. La diminution de la population active risque de freiner la croissance potentielle et d'exacerber les pénuries de main-d'œuvre dans des secteurs clés. Surtout, le vieillissement exerce une pression financière insoutenable sur les systèmes de protection sociale. Les dépenses de retraites, de santé et de prise en charge de la dépendance sont vouées à augmenter de manière exponentielle, menaçant l'équilibre des finances publiques. Cette situation crée un risque de conflit intergénérationnel, où les actifs de demain pourraient être confrontés à une charge fiscale et sociale écrasante pour financer les pensions et les soins des générations plus âgées. Face à ce mur démographique, les réponses politiques (report de l'âge de la retraite, recours à l'immigration, politiques natalistes) sont souvent impopulaires et sources de profondes divisions sociales. Le modèle social, pilier de la cohésion en Europe, risque ainsi de devenir lui-même un facteur de fragmentation s'il ne parvient pas à s'adapter de manière juste et équitable à cette nouvelle réalité.

2.5. Synthèse : La Connexion entre Facteurs Économiques, Fragmentation Sociale et Polarisation Politique

Les analyses menées dans les sections précédentes ont mis en évidence une série de fractures économiques qui traversent l'Europe en 2024-2025. Il est désormais crucial de synthétiser ces éléments pour démontrer comment ils s'articulent et constituent le terreau sur lequel prospèrent la fragmentation sociale, la polarisation politique et la montée du populisme. Ces phénomènes politiques ne sont pas des abstractions idéologiques ; ils sont profondément enracinés dans les expériences vécues de déclassement, d'inégalité et d'insécurité économique. Les crises successives, de la crise financière de 2008 à la crise énergétique récente, ont agi comme des catalyseurs, rendant ces fractures économiques politiquement saillantes.

Les inégalités croissantes de revenus et, plus encore, de patrimoine, créent un sentiment d'injustice et de société bloquée. Lorsque des pans entiers de la population voient leur pouvoir d'achat stagner ou diminuer tandis qu'une minorité accumule une richesse considérable, la confiance dans le système économique et politique s'érode. Les disparités de croissance entre les régions et les pays renforcent ce sentiment de "deux poids, deux mesures". Un travailleur d'une ancienne région industrielle allemande en déclin, confronté à la désindustrialisation, ne partage pas la même réalité économique qu'un cadre supérieur d'une métropole dynamique française. Cette "polarisation de la réalité" est exploitée par les mouvements populistes, dont nous avons défini le rôle dans la Partie I, qui traduisent ces inégalités économiques en un clivage politique simple : "le peuple" contre "les élites corrompues". Des partis comme le Rassemblement National en France ou l'AfD en Allemagne capitalisent sur ce ressentiment en promettant un retour à la souveraineté nationale et des politiques protectionnistes, présentées comme la seule solution pour protéger les "perdants" de la mondialisation.

Les transitions structurelles, bien que nécessaires, agissent comme de puissants accélérateurs de cette fragmentation. La transition verte, perçue à travers la hausse des taxes sur les carburants ou des coûts de chauffage, est facilement dépeinte par les populistes non pas comme un impératif écologique, mais comme une politique punitive imposée par des élites urbaines déconnectées des réalités des classes populaires et rurales. De même, la désindustrialisation, loin d'être vue comme une fatalité économique, est présentée comme le résultat de décisions politiques délibérées : les traités de libre-échange de l'UE, la concurrence déloyale tolérée, l'absence de protectionnisme. Ces récits transforment l'anxiété économique en colère politique, dirigée contre les gouvernements en place et, très souvent, contre l'Union européenne elle-même, accusée d'être le principal vecteur de ces politiques néfastes.

Enfin, les politiques budgétaires d'austérité et les défis du modèle social viennent parachever ce tableau. Lorsqu'un État réduit les dépenses dans les services publics tout en refusant de taxer davantage les superprofits, il offre une preuve tangible aux discours qui dénoncent une collusion entre les élites politiques et économiques. De même, les débats sur la réforme des retraites ou la gestion de l'immigration, exacerbés par les pressions démographiques, sont instrumentalisés pour attiser les peurs identitaires et les conflits intergénérationnels. Les données électorales de 2024 et les projections pour 2025 dans des pays comme la Roumanie, le Portugal ou la France montrent une corrélation directe entre les difficultés économiques (inflation, déficit, chômage) et la montée des votes populistes. En définitive, la fragmentation sociale en Europe n'est pas seulement une question de valeurs ou d'identité ; elle est, fondamentalement, une conséquence politique de fractures économiques non résolues. Sans une réponse politique crédible qui s'attaque aux racines de ces inégalités, la polarisation et l'instabilité risquent de devenir des caractéristiques permanentes du paysage européen.

Les fractures économiques ayant été établies comme le substrat de la fragmentation, la partie suivante se concentrera sur la manière dont les enjeux d'immigration et de sécurité sont politiquement construits pour agir comme les principaux catalyseurs de cette division.

Partie III : Immigration et Sécurité, Vecteurs de Fragmentation Sociale et Cognitive

Introduction

Poursuivant l'analyse entreprise dans les parties précédentes sur les fondements théoriques et économiques de la fragmentation européenne, cette troisième partie se concentre sur deux des enjeux les plus saillants et les plus clivants de l'année 2025 : l'immigration et la sécurité. Ces deux thématiques, intrinsèquement liées, ne constituent pas seulement des défis politiques et administratifs pour l'Union européenne et ses États membres ; elles agissent comme de puissants catalyseurs de la fragmentation sociale et cognitive qui menace la cohésion du continent. En 2025, le débat sur la gestion des frontières, l'accueil des migrants et la lutte contre le terrorisme est devenu le principal terrain d'affrontement idéologique, redéfinissant les clivages politiques, exacerbant les tensions sociales et fracturant l'espace public en réalités cognitives de plus en plus étanches, comme théorisé dans la Partie I.

Ce chapitre se propose d'analyser en profondeur les mécanismes par lesquels l'immigration et la sécurité contribuent à cette dynamique de division. Nous examinerons d'abord le nouveau cadre juridique et technologique mis en place par l'UE, notamment le Pacte sur la migration et l'asile et les systèmes de contrôle numérique aux frontières (EES, ETIAS), qui incarnent une vision sécuritaire de la gestion migratoire. Ensuite, nous confronterons ce cadre aux réalités statistiques des flux migratoires de 2024-2025 et aux critiques virulentes des organisations de défense des droits humains, qui dénoncent une crise humanitaire aux portes de l'Europe. Une analyse comparative des variations nationales, de la France à l'Allemagne en passant par l'Europe de l'Est, mettra en lumière la manière dont ces enjeux sont instrumentalisés dans les débats politiques internes. Enfin, nous établirons un lien explicite entre la politisation de l'immigration, la montée du populisme et les processus de fragmentation cognitive, en montrant comment les récits sur l'identité nationale et la sécurité sont amplifiés par la désinformation et les chambres d'écho numériques, sapant ainsi les bases d'un débat public rationnel et d'une société unie.

3.1. La Forteresse Europe 2.0 : Le Cadre Juridique et Technologique de 2025

L'année 2025 marque un tournant décisif dans la politique migratoire et sécuritaire de l'Union européenne. Face à des pressions politiques internes et à des défis géopolitiques persistants, l'UE a finalisé et commencé à mettre en œuvre un arsenal juridique et technologique sans précédent. Cet ensemble de mesures, centré sur le Pacte sur la migration et l'asile et sur de nouveaux systèmes de surveillance numérique, vise officiellement à créer un système de gestion plus ordonné, efficace et solidaire. Cependant, dans la pratique, il consacre une approche résolument sécuritaire, érigeant une "Forteresse Europe" de plus en plus sophistiquée, dont les implications pour la fragmentation sociale et les droits fondamentaux sont considérables.

3.1.1. Le Pacte sur la Migration et l'Asile : Une Solidarité à Géométrie Variable

Adopté formellement en 2024 après des années de négociations difficiles, le Pacte sur la migration et l'asile entre dans sa phase critique de préparation à la mise en œuvre en 2025, avec une application complète prévue pour juin 2026. Présenté par la Commission européenne comme une solution "complète" et "équilibrée", le Pacte repose sur une logique de durcissement du contrôle aux frontières extérieures. Son pilier central est l'instauration d'une procédure de "filtrage" (screening) obligatoire et accélérée pour tous les ressortissants de pays tiers arrivant de manière irrégulière. En l'espace de sept jours, ces personnes subissent des contrôles d'identité, de sécurité et de santé. Celles issues de pays dont le taux de reconnaissance du statut de réfugié est inférieur à 20 % sont directement orientées vers une "procédure à la frontière", qui peut se dérouler en détention dans des centres situés à proximité des frontières, avec des garanties juridiques réduites. Cette approche institutionnalise une forme de tri basé sur la nationalité, qui contrevient au principe d'un examen individuel de chaque demande d'asile.

Le deuxième pilier majeur du Pacte est le mécanisme de "solidarité obligatoire mais flexible". Pour soulager les pays de première entrée comme l'Italie ou la Grèce, les autres États membres sont tenus de contribuer. Cependant, cette solidarité peut prendre trois formes : la relocalisation d'un certain nombre de demandeurs d'asile (l'objectif est fixé à 30 000 par an pour l'ensemble de l'UE), un soutien opérationnel, ou une contribution financière, fixée à 20 000 euros par personne non relocalisée. En 2025, alors que les États membres soumettent leurs plans nationaux de mise en œuvre, cette flexibilité apparaît comme une faille majeure. Elle permet aux pays les plus réticents, notamment la Hongrie et la Pologne qui ont exprimé leur opposition, de se soustraire à l'accueil de réfugiés en optant pour une compensation financière, transformant la solidarité en une transaction monétaire. Cette "solidarité à la carte" non seulement ne résout pas la question du partage des responsabilités, mais elle entérine et approfondit la fracture entre les États membres, créant un système à plusieurs vitesses qui nourrit le ressentiment et la méfiance mutuelle. De plus, des propositions de la Commission en mai 2025 visant à faciliter l'application du concept de "pays tiers sûr" en supprimant l'exigence d'un lien direct entre le demandeur et ce pays, renforcent encore la logique d'externalisation et de non-accueil.

3.1.2. Les Frontières Numériques : EES, ETIAS et la Surveillance Biométrique

Parallèlement au cadre juridique, l'UE déploie en 2025 une infrastructure technologique de surveillance massive à ses frontières. Le Système d'Entrée/Sortie (EES - Entry/Exit System), lancé officiellement le 12 octobre 2025, constitue la pièce maîtresse de cette architecture. Ce système numérique automatisé remplace le tamponnage manuel des passeports pour les ressortissants de pays tiers (non-membres de l'UE/EEE/Suisse) effectuant un court séjour dans l'espace Schengen. À leur première entrée, les voyageurs doivent enregistrer leurs données biométriques – empreintes digitales et image faciale – dans une base de données centralisée. Le système enregistre ensuite électroniquement chaque entrée et sortie, calculant automatiquement la durée du séjour autorisé (90 jours sur une période de 180 jours) et signalant les dépassements. Bien que présenté comme un outil de modernisation et de fluidification des passages aux frontières, l'EES représente avant tout un renforcement spectaculaire des capacités de surveillance de l'UE, créant un fichier biométrique de millions de voyageurs.

L'EES fonctionnera en tandem avec le Système européen d'information et d'autorisation concernant les voyages (ETIAS), dont le lancement, plusieurs fois reporté, est désormais prévu pour le début de 2026. ETIAS exigera des voyageurs de plus de 60 pays exemptés de visa (comme les États-Unis, le Royaume-Uni ou le Canada) d'obtenir une autorisation de voyage en ligne avant leur départ, moyennant des frais. Cette autorisation sera liée au passeport et vérifiée par l'EES à la frontière. Ensemble, EES et ETIAS créent un système de contrôle à deux niveaux : une vérification préalable (ETIAS) et une surveillance biométrique en temps réel (EES). Ces outils, interconnectés avec d'autres bases de données comme le Système d'Information Schengen (SIS) et Eurodac (qui inclut désormais les images faciales), visent à renforcer la sécurité en identifiant les menaces potentielles avant même l'arrivée sur le territoire. Cependant, ils soulèvent des préoccupations majeures en matière de protection des données personnelles, de risques d'erreurs algorithmiques pouvant conduire à des refus d'entrée injustifiés, et de création d'une société de surveillance où chaque mouvement des non-citoyens est tracé et enregistré. Cette technologisation de la frontière contribue à une fragmentation cognitive, en objectivant et en déshumanisant le migrant, réduit à un ensemble de données biométriques à contrôler.

3.2. Les Flux et les Tensions : Réalités Statistiques et Crise Humanitaire

Le durcissement du cadre juridique et technologique de l'Union européenne s'inscrit dans un contexte de flux migratoires complexes et de tensions humanitaires persistantes. L'analyse des données statistiques pour 2024 et les premières projections pour 2025 révèlent une image nuancée, souvent en décalage avec les perceptions publiques. Si certains indicateurs montrent une baisse des arrivées irrégulières, la pression sur les systèmes d'asile demeure élevée et, surtout, le coût humain des politiques de dissuasion est de plus en plus dénoncé par les organisations de la société civile, qui pointent une érosion alarmante des droits fondamentaux aux frontières de l'Europe.

3.2.1. L'Immigration en Chiffres : Tendances 2024-2025

Selon les données consolidées d'Eurostat, l'année 2024 a été marquée par une baisse notable des demandes d'asile et des entrées irrégulières, inversant la tendance à la hausse des années précédentes. Environ 912 800 premières demandes d'asile ont été enregistrées dans l'UE, soit une diminution de 13 % par rapport au pic de 1,05 million en 2023. Cette baisse est principalement attribuée à une réduction des demandes provenant de Syriens, d'Afghans et de Turcs. Parallèlement, l'agence Frontex a signalé une chute de 38 % des détections d'entrées irrégulières aux frontières extérieures, avec un total de 239 000 cas, le chiffre le plus bas depuis 2021. Cette double baisse suggère une certaine efficacité des mesures de contrôle aux frontières et des accords de coopération avec les pays de transit, comme la Tunisie et la Turquie.

Cependant, ces chiffres globaux masquent des réalités très différentes. L'Allemagne est restée la principale destination, recevant environ un quart de toutes les demandes d'asile de l'UE en 2024 (237 000), suivie de près par l'Espagne (166 000), l'Italie (159 000) et la France (159 000). Rapporté à la population, ce sont Chypre et la Grèce qui ont subi la pression la plus forte. De plus, le taux de reconnaissance des demandes d'asile est resté élevé, à 51,4 %, indiquant que plus de la moitié des personnes arrivant avaient effectivement besoin d'une protection internationale. Pour 2025, les données concrètes sont encore rares, mais les projections suggèrent une stabilisation ou une poursuite de la légère baisse des demandes, potentiellement influencée par l'effet dissuasif des nouvelles règles du Pacte. Il est crucial de noter que ces statistiques ne capturent qu'une partie du phénomène, ignorant les personnes qui sont refoulées illégalement aux frontières sans pouvoir déposer de demande, ou les 4,28 millions d'Ukrainiens bénéficiant d'une protection temporaire, un statut distinct de l'asile que nous avons évoqué dans le contexte de la guerre en Ukraine (Partie IV).

3.2.2. Le Coût Humain : La Critique des Droits Humains par les ONG

Derrière la façade statistique et la rhétorique de la "gestion efficace", les organisations de défense des droits humains comme Amnesty International et Human Rights Watch (HRW) dressent en 2024 et 2025 un bilan accablant des politiques migratoires européennes. Leur critique principale porte sur la stratégie d'externalisation, qui consiste à sous-traiter le contrôle des migrations à des pays tiers en échange d'une aide financière, souvent au mépris des droits humains. Un rapport d'Amnesty de novembre 2025 sur la Tunisie, pays avec lequel l'UE a signé un partenariat majeur, documente des violations généralisées : torture, violences sexuelles, détentions arbitraires et expulsions collectives de migrants subsahariens par les forces de sécurité tunisiennes, financées en partie par l'Europe. De même, une enquête de HRW en Mauritanie, autre partenaire clé, révèle comment le soutien de l'UE et de l'Espagne aux garde-côtes locaux a permis le profilage racial, l'extorsion et les renvois forcés de migrants vers des zones de conflit.

Ces ONG dénoncent la complicité de l'UE dans ces abus, soulignant le manque de transparence et de mécanismes de contrôle des fonds alloués. Le nouveau Pacte sur la migration et l'asile est également la cible de vives critiques. Il est accusé d'institutionnaliser des pratiques qui violent le droit international, comme la détention généralisée, y compris celle des enfants, et les procédures accélérées qui sapent le droit à un examen juste et individuel de la demande d'asile. Le mécanisme de "pays tiers sûr" est particulièrement décrié, car il risque d'entraîner des refoulements en chaîne vers des pays où les demandeurs d'asile n'ont aucune garantie de sécurité. Amnesty International avertit que le Pacte, en privilégiant la dissuasion et le retour rapide sur la protection, ne fera qu'augmenter la souffrance humaine et le nombre de morts en Méditerranée. Cette tension fondamentale entre l'impératif sécuritaire de l'UE et ses obligations en matière de droits humains crée une fracture morale et juridique, sapant la crédibilité de l'Europe en tant que défenseur des valeurs universelles et fragmentant la société entre ceux qui soutiennent cette approche sécuritaire et ceux qui la condamnent au nom de l'humanité.

3.3. L'Immigration comme Clivage Politique et Social

Au-delà de ses dimensions juridiques et humanitaires, la question migratoire est devenue en 2025 le principal clivage structurant la vie politique et sociale en Europe. Instrumentalisée par les mouvements populistes, elle agit comme un puissant révélateur et amplificateur des fractures préexistantes. L'analyse montre un découplage croissant entre la réalité empirique de l'immigration et les perceptions publiques, un phénomène qui alimente la polarisation et reconfigure les paysages politiques nationaux de manière profonde et durable.

3.3.1. Un Carburant pour le Populisme : Le Découplage entre Réalité et Perception

L'un des paradoxes les plus frappants de la politique européenne contemporaine est que le vote en faveur des partis populistes d'extrême-droite n'est pas directement corrélé aux niveaux réels d'immigration. Des études approfondies, comme celles menées par le démographe Hervé Le Bras, confirment de manière constante que le soutien à des partis comme le Rassemblement National en France ou l'Alternative für Deutschland (AfD) en Allemagne est souvent le plus fort dans des zones rurales ou des régions en déclin économique où la population immigrée est très faible. À l'inverse, les grands centres urbains, qui concentrent une part bien plus importante de la population immigrée, tendent à voter de manière moins marquée pour ces partis.

Ce découplage s'explique par le fait que l'immigration est devenue un enjeu essentiellement symbolique, un "attracteur" de mécontentements divers. Le populisme ne se nourrit pas de la présence des immigrés, mais de la peur de l'immigration, une anxiété culturelle liée à la perte perçue de l'identité nationale, à l'insécurité et au déclassement social. Comme l'a montré l'analyse économique de la Partie II, les régions les plus touchées par la désindustrialisation et la stagnation économique sont particulièrement réceptives à ces discours. L'immigration devient alors un bouc émissaire commode, un "ciment du populisme" qui permet de canaliser des frustrations d'origines multiples (économiques, sociales, culturelles) vers un ennemi désigné. Les partis populistes exploitent cet "imaginaire" de l'immigration en construisant un récit manichéen opposant un "peuple" homogène et authentique à des "élites" cosmopolites accusées de brader la souveraineté nationale et de favoriser une "invasion" migratoire. Cette stratégie rhétorique est extrêmement efficace pour mobiliser un électorat qui se sent abandonné et menacé, créant une profonde fragmentation sociale entre les "pro" et les "anti" immigration, un clivage qui transcende et submerge souvent les divisions économiques traditionnelles.

3.3.2. Variations Nationales et Polarisation Croissante

Si le mécanisme de politisation de l'immigration est commun à toute l'Europe, ses manifestations varient considérablement selon les contextes nationaux, exacerbant la fragmentation à l'échelle du continent. En France, la question migratoire est au cœur d'une polarisation aiguë qui a conduit à la percée historique du Rassemblement National. Le discours du RN, axé sur la lutte contre "l'immigration massive" et la défense de "l'identité française", a réussi à s'imposer comme central dans le débat public, forçant les partis de centre-droit à durcir leurs propres positions et contribuant à une droitisation générale du paysage politique.

En Allemagne, la montée de l'AfD, devenue la deuxième force politique du pays en 2025, est également largement alimentée par le rejet de la politique migratoire, en particulier depuis la crise de 2015. La fracture est particulièrement visible entre l'Est et l'Ouest du pays. Dans les Länder de l'ancienne RDA, où l'expérience de l'immigration est limitée mais où les angoisses économiques et identitaires sont fortes, l'AfD réalise ses meilleurs scores, témoignant d'une fragmentation territoriale profonde.

Au Royaume-Uni, le Brexit a été le point culminant d'une campagne populiste où l'immigration, symbolisée par le slogan "Take Back Control", a joué un rôle central. En 2025, le parti Reform UK de Nigel Farage continue d'exploiter ce filon, attaquant le gouvernement sur son incapacité à contrôler les arrivées de petits bateaux à travers la Manche et alimentant les "guerres culturelles" autour de l'identité britannique.

Enfin, en Europe de l'Est, des pays comme la Pologne et la Hongrie ont construit une partie de leur modèle de "démocratie illibérale" sur un rejet catégorique de l'immigration non-européenne, présentée comme une menace existentielle pour leur culture et leur souveraineté. Le refus virulent de ces gouvernements de participer au mécanisme de relocalisation du Pacte migratoire de l'UE illustre une fragmentation politique et idéologique profonde au sein même de l'Union, opposant une vision de l'Europe comme une "civilisation chrétienne" à une vision plus ouverte et multiculturelle.

3.4. De la Fragmentation Sociale à la Fragmentation Cognitive

La politisation de l'immigration et de la sécurité ne se contente pas de diviser la société en groupes opposés ; elle fracture la manière même dont les citoyens perçoivent la réalité. Ce processus de fragmentation cognitive, dont les fondements ont été posés dans la Partie I, est la conséquence directe de la manière dont les récits sur l'immigration sont construits et diffusés dans l'écosystème médiatique contemporain. Les débats ne portent plus sur des faits ou des politiques, mais sur des identités et des émotions, un terrain propice à la désinformation et à la formation de bulles de réalité imperméables les unes aux autres.

3.4.1. La Construction des Récits : Immigration, Identité et "Guerres Culturelles"

Le débat sur l'immigration a été progressivement déplacé du terrain économique ou humanitaire vers celui de l'identité nationale. Les partis populistes ont réussi à imposer un cadre narratif où l'immigration n'est plus une question de main-d'œuvre ou de protection des réfugiés, mais une menace pour la "culture", les "valeurs" et le "mode de vie" de la nation. Ce cadrage identitaire transforme le débat en un jeu à somme nulle, une "guerre culturelle" où tout compromis est perçu comme une trahison. Des concepts comme le "grand remplacement", une théorie du complot d'extrême-droite, bien que scientifiquement infondés, ont infusé le débat public et sont devenus des points de référence pour une partie de la population, illustrant la puissance de ces récits.

Cette construction narrative repose sur des oppositions binaires et émotionnellement chargées : "nous" contre "eux", nationaux contre étrangers, sécurité contre chaos, identité contre multiculturalisme. En se concentrant sur des incidents isolés (criminalité, conflits culturels) et en les généralisant, ces récits créent une perception de crise permanente et de menace imminente. Ils exploitent les biais cognitifs humains, comme le biais de négativité (accorder plus de poids aux informations négatives) et le biais de confirmation (chercher les informations qui confirment ses propres croyances). Le résultat est une fragmentation de la société en tribus identitaires, où l'appartenance au groupe et la loyauté à son récit deviennent plus importantes que la recherche de la vérité ou d'un terrain d'entente. La cohésion sociale est ainsi sapée à sa racine, car il n'existe plus de langage commun ni de faits partagés pour discuter des problèmes collectifs.

3.4.2. Désinformation et Chambres d'Écho : La Fragmentation de la Réalité Migratoire

L'écosystème numérique de 2025 agit comme un puissant accélérateur de cette fragmentation cognitive. Les réseaux sociaux, avec leurs algorithmes conçus pour maximiser l'engagement, sont le véhicule idéal pour la propagation des récits populistes sur l'immigration. Les contenus émotionnels, outranciers et simplistes sont privilégiés, car ils génèrent plus de réactions. Cela crée un environnement propice à la désinformation. Des informations fausses ou trompeuses sur les coûts de l'immigration, la criminalité des étrangers ou les prétendus "privilèges" accordés aux réfugiés se propagent de manière virale, souvent bien plus rapidement que les vérifications factuelles des médias traditionnels.

Ce phénomène est amplifié par la formation de chambres d'écho et de bulles de filtres. Les utilisateurs sont exposés de manière disproportionnée à des contenus qui renforcent leurs opinions préexistantes, les isolant des points de vue divergents. Au sein de ces bulles, les récits anti-immigration sont répétés et validés par les pairs, acquérant une apparence de vérité incontestable. La méfiance envers les sources d'information traditionnelles (médias, experts, institutions gouvernementales), activement encouragée par les discours populistes, achève d'enfermer les individus dans des réalités alternatives. La fragmentation cognitive atteint alors son paroxysme : il n'y a plus un débat public sur l'immigration, mais une multitude de conversations parallèles et hostiles, basées sur des ensembles de "faits" différents et incompatibles. Cette fracture épistémologique rend tout dialogue constructif impossible et paralyse la capacité de la société à élaborer des réponses démocratiques et rationnelles à l'un des défis les plus complexes de notre temps.

Les fractures économiques et les clivages autour de l'immigration ont profondément déstabilisé le continent. La partie suivante montrera comment des chocs géopolitiques externes, les guerres en Ukraine et à Gaza, ont agi comme de puissants accélérateurs, portant ces dynamiques de fragmentation à un niveau supérieur.

Partie IV : Les Conflits en Ukraine et à Gaza comme Catalyseurs de la Fragmentation Sociale et Cognitive en Europe

Introduction

L'année 2025 trouve l'Europe à la croisée des chemins, confrontée à une reconfiguration géopolitique mondiale accélérée par deux conflits majeurs à ses portes : la guerre prolongée en Ukraine et la crise humanitaire et politique à Gaza. Loin d'être de simples chocs exogènes, ces deux crises agissent comme de puissants catalyseurs, exacerbant des lignes de faille préexistantes et en créant de nouvelles. Ce chapitre se propose d'analyser comment la guerre en Ukraine et le conflit à Gaza ont contribué, de manière distincte mais synergique, à une profonde fragmentation sociale et cognitive du continent européen, un processus dont les fondements théoriques, économiques et sociaux ont été explorés dans les trois parties précédentes. La fragmentation sociale se manifeste par une polarisation accrue des opinions publiques, des divisions politiques entre et au sein des États membres, et une érosion de la cohésion sociétale. Parallèlement, la fragmentation cognitive désigne la manipulation des perceptions et la guerre de l'information qui sapent la confiance dans les institutions, les médias et la réalité factuelle elle-même, conduisant à une balkanisation des esprits.

L'analyse examinera les impacts multidimensionnels de ces conflits — économiques, militaires, géopolitiques et sociaux — en se concentrant particulièrement sur les dynamiques observées en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Europe de l'Est, des régions qui incarnent les différentes facettes des tensions européennes. En s'appuyant sur des données et des projections pour les années 2024 et 2025, ce chapitre adoptera une approche structurée. Il étudiera d'abord l'impact spécifique de chaque conflit, avant de procéder à une analyse transversale de leur contribution combinée à la fragmentation du projet européen. L'objectif est de démontrer que, bien au-delà de leurs conséquences immédiates, ces guerres redéfinissent les contours de l'unité européenne, testant sa résilience face à un ordre mondial de plus en plus multipolaire et conflictuel.

4.1. La Guerre en Ukraine, Moteur de Divisions Européennes

La guerre à grande échelle lancée par la Russie contre l'Ukraine en 2022 a constitué le choc géopolitique le plus important pour l'Europe depuis la fin de la Guerre Froide. En 2025, ses répercussions continuent de se propager, agissant comme un puissant agent de fragmentation à travers le continent. Au-delà de l'unité de façade affichée dans les premiers temps, le conflit a révélé et approfondi des divisions économiques, militaires et politiques, redessinant les équilibres de pouvoir et les priorités stratégiques au sein de l'Union européenne.

4.1.1. Impacts Économiques et Énergétiques : Une Fragmentation par la Dépendance

L'impact économique de la guerre en Ukraine a été un choc asymétrique qui a fragmenté la trajectoire de croissance de l'Europe. Les projections pour 2024-2025 indiquent une croissance économique modérée, mais significativement inférieure aux prévisions d'avant-guerre. Selon certaines estimations, le PIB de la zone euro en 2025 pourrait être inférieur de 2,8 % par rapport à un scénario sans conflit. Cette situation est le résultat d'une combinaison de facteurs : une inflation persistante, initialement tirée par la flambée des prix de l'énergie et des denrées alimentaires, et les perturbations des chaînes d'approvisionnement. L'impact n'est pas uniforme. Des pays comme l'Allemagne et l'Italie, dont les industries étaient fortement dépendantes du gaz russe bon marché, ont subi des chocs plus importants, soulevant les craintes de désindustrialisation analysées dans la Partie II. Les prévisions de croissance pour l'Allemagne en 2025 sont particulièrement faibles, autour de 0,2 %, tandis que la France affiche une croissance modeste de 0,6 %, toutes deux freinées par une demande intérieure atone et des exportations en berne. En revanche, des pays d'Europe du Sud comme l'Espagne devraient afficher une meilleure performance, créant une divergence économique au sein même du bloc.

La crise énergétique a été le principal vecteur de cette fragmentation. La décision stratégique de l'UE de réduire drastiquement sa dépendance au gaz russe, qui est passée de 45 % des importations en 2021 à environ 13 % projetés pour 2025, a été une réussite en termes de sécurité d'approvisionnement mais s'est faite à un coût économique et social élevé. La transition vers des importations massives de gaz naturel liquéfié (GNL), principalement en provenance des États-Unis, a maintenu les prix de l'énergie à des niveaux structurellement plus élevés qu'avant la guerre, pesant sur la compétitivité des entreprises européennes et le pouvoir d'achat des ménages. Cette volatilité des prix, exacerbée par l'arrêt du transit de gaz russe via l'Ukraine au 1er janvier 2025, continue de représenter un risque majeur pour la stabilité économique. La fin de cet accord de transit a provoqué une nouvelle flambée des prix début 2025, illustrant la précarité persistante de l'équilibre énergétique européen. Les sanctions imposées à la Russie, bien que conçues comme un instrument de pression unifié, ont également eu des effets économiques fragmentaires en Europe. Si elles ont contribué à affaiblir l'économie russe, elles ont aussi entraîné une réduction des exportations européennes et une augmentation des coûts pour les entreprises du continent. Le contournement des sanctions via des pays tiers comme la Turquie ou les nations d'Asie centrale a limité leur efficacité tout en créant des distorsions commerciales. De plus, l'impact des sanctions n'est pas le même pour tous les États membres, certains pays d'Europe de l'Est ayant des liens commerciaux et industriels plus étroits avec la Russie. En 2025, l'économie européenne reste donc prise dans un étau, entre la nécessité de maintenir la pression sur Moscou et la gestion des coûts internes de cette politique, une tension qui alimente les débats politiques et la fragmentation des intérêts nationaux.

4.1.2. Le Réarmement et la Fragmentation des Priorités Budgétaires et Militaires

En réponse à la menace russe, l'Europe s'est engagée dans un effort de réarmement historique, mais ce processus, loin d'être unificateur, a créé de nouvelles lignes de fracture budgétaires et stratégiques. Les dépenses militaires ont explosé sur tout le continent, atteignant des niveaux records. L'Allemagne a opéré un tournant historique avec son fonds spécial de 100 milliards d'euros et un budget de la défense qui devrait atteindre 80 milliards d'euros en 2025, la plaçant au quatrième rang mondial. La Pologne, se sentant directement menacée, a porté ses dépenses à plus de 4 % de son PIB, avec des acquisitions massives d'équipements américains et sud-coréens. Cette course à l'armement est cependant inégale. Les pays du flanc oriental de l'OTAN, comme les États baltes, ont pris des mesures proactives, réintroduisant le service militaire obligatoire ou planifiant des budgets de défense dépassant 5 % de leur PIB à l'horizon 2030. En revanche, des pays d'Europe occidentale comme la France et le Royaume-Uni, bien qu'augmentant leurs budgets, peinent à suivre ce rythme effréné, créant une fragmentation dans la posture de défense collective.

Le financement de ce réarmement massif pose un défi économique majeur et divise les États membres sur les priorités. Le plan "ReArm Europe", proposé par la Commission européenne en mars 2025, vise à mobiliser jusqu'à 800 milliards d'euros d'ici 2030, notamment en assouplissant les règles de déficit budgétaire de l'UE pour les dépenses de défense. Cependant, cette approche soulève des questions sur la soutenabilité de la dette et les arbitrages nécessaires avec d'autres postes de dépenses, comme les programmes sociaux ou la transition écologique. En France, le débat fait rage sur la manière de financer l'objectif d'atteindre 3 % du PIB pour la défense, ce qui nécessiterait près de 100 milliards d'euros par an d'ici 2030. Les options envisagées, comme le recours à l'endettement ou la réaffectation de fonds publics, pourraient avoir des impacts négatifs sur la croissance et creuser les déficits, alimentant la polarisation politique interne. Sur le plan industriel et stratégique, le réarmement a mis en lumière une autre forme de fragmentation : la dépendance persistante de l'Europe vis-à-vis de la technologie et de l'industrie de défense américaines. Entre 2020 et 2024, 64 % des importations d'armes des pays européens de l'OTAN provenaient des États-Unis. Malgré la croissance des entreprises de défense européennes comme Rheinmetall ou Dassault Aviation, les efforts pour localiser la production et favoriser les achats conjoints au sein de l'UE se heurtent à des goulots d'étranglement, des délais de production et des fragmentations industrielles nationales. La proposition d'une armée européenne commune reste un non-sens pour beaucoup, qui privilégient une coordination renforcée des armées nationales. Ainsi, en 2025, l'Europe se réarme en ordre dispersé, avec un flanc Est qui prend les devants et une Europe de l'Ouest qui peine à concilier ses ambitions d'autonomie stratégique avec ses dépendances et ses contraintes budgétaires.

4.1.3. Fractures Géopolitiques et Sociales : L'Est contre l'Ouest ?

La guerre en Ukraine a agi comme un révélateur et un accélérateur des fractures géopolitiques au sein de l'Europe, notamment entre l'Europe de l'Est et certains pays d'Europe de l'Ouest. La perception de la menace russe et la réponse à y apporter ont créé une ligne de partage claire. D'un côté, la Pologne et les États baltes, forts de leur expérience historique et de leur proximité géographique avec la Russie, ont adopté une ligne dure, plaidant pour un soutien militaire inconditionnel à l'Ukraine et un renforcement maximal de la posture de dissuasion de l'OTAN. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a qualifié la guerre de "notre guerre", une position qui contraste fortement avec celle de la Hongrie. Sous la direction de Viktor Orbán, Budapest a maintenu une position pro-russe, bloquant à plusieurs reprises les paquets d'aide de l'UE à l'Ukraine et s'opposant aux sanctions, créant une fissure béante au sein du groupe de Visegrád et de l'UE dans son ensemble. Cette divergence a été publiquement exposée en 2024, lorsque la Pologne et la Hongrie se sont affrontées verbalement sur la nature de la guerre.

Au sein du "moteur" traditionnel de l'UE, les approches divergent également. La France, sous l'impulsion d'Emmanuel Macron, a tenté de se positionner en leader d'une Europe de la défense plus autonome, n'hésitant pas à évoquer des options considérées comme escalatoires par ses partenaires, comme l'envoi potentiel de troupes au sol. Cette posture contraste avec celle de l'Allemagne, qui, malgré son "Zeitenwende" (changement d'époque), reste freinée par des débats politiques internes et une culture de prudence historique, notamment sur la livraison d'armes à longue portée. Le Royaume-Uni, bien que n'étant plus membre de l'UE, reste un acteur militaire majeur, privilégiant un soutien bilatéral fort à l'Ukraine et une coordination étroite au sein de l'OTAN, mais sa position en dehors des cadres de décision de l'UE limite son influence sur la cohésion du continent. Ces différentes approches, façonnées par des cultures stratégiques et des intérêts nationaux divergents, fragmentent la réponse européenne et affaiblissent sa capacité à parler d'une seule voix. Sur le plan social, l'accueil de plus de six millions de réfugiés ukrainiens en Europe a été un exemple de solidarité, mais il a également généré des tensions et révélé des capacités d'intégration inégales. L'activation de la directive sur la protection temporaire a facilité leur accès au marché du travail, au logement et à l'éducation. Cependant, en 2025, les défis persistent. Les taux d'emploi varient considérablement : ils dépassent 60 % en Pologne et en République tchèque, où les barrières linguistiques sont moindres et les besoins en main-d'œuvre importants, mais peinent à atteindre 40 % en Allemagne et en France, en raison des obstacles liés à la reconnaissance des diplômes, à la garde d'enfants et au logement. La crise du logement, préexistante dans de nombreuses métropoles européennes, a été exacerbée par cet afflux. De plus, une certaine "fatigue de l'accueil" commence à se faire sentir dans certaines sociétés, alimentant potentiellement les discours populistes et xénophobes et ajoutant une couche de fragmentation sociale à un continent déjà sous pression.

4.2. Le Conflit à Gaza, Révélateur des Fractures Cognitives et Diplomatiques

Si la guerre en Ukraine a principalement fragmenté l'Europe sur les plans économique et militaire, le conflit à Gaza, qui a connu une escalade dramatique depuis octobre 2023, a surtout agi comme un révélateur des fractures diplomatiques, cognitives et sociétales du continent. La réponse européenne a été marquée par une profonde division, une impuissance collective et une polarisation intense des débats publics, important de fait le conflit au cœur des sociétés européennes.

4.2.1. Divisions Diplomatiques et Impuissance Collective de l'UE

La réaction de l'Union européenne au conflit à Gaza a été un cas d'école de fragmentation diplomatique. Dès le début de la crise, le bloc a peiné à formuler une position unifiée, oscillant entre la condamnation des attaques du Hamas et le soutien au droit d'Israël à se défendre, et les appels croissants à un cessez-le-feu humanitaire face à la catastrophe à Gaza. Cette division a paralysé l'action de l'UE, la reléguant au rang d'acteur secondaire, incapable d'exercer une influence significative sur le cours des événements. En 2024 et 2025, cette "faillite diplomatique" s'est confirmée. Alors que des appels à des "pauses humanitaires" ont finalement été émis par le Conseil européen, toute mesure contraignante, comme un embargo sur les armes ou la suspension de l'accord d'association UE-Israël, a été bloquée par les désaccords internes.

Ces divisions reflètent des sensibilités historiques et des intérêts géopolitiques divergents. D'un côté, des pays comme l'Allemagne et l'Autriche, en raison de leur responsabilité historique envers le peuple juif, ont maintenu un soutien quasi inconditionnel à Israël, freinant toute initiative critique. De l'autre, un groupe de pays mené par l'Espagne, l'Irlande et la Belgique a adopté une position beaucoup plus pro-palestinienne, plaidant pour le respect du droit international et la reconnaissance d'un État palestinien. Cette fracture a atteint son paroxysme en mai 2024, lorsque l'Espagne, l'Irlande et la Norvège ont officiellement reconnu l'État de Palestine, une décision coordonnée qui a mis en évidence l'incapacité de l'UE à s'accorder sur une politique commune. La France, quant à elle, a tenté de jouer une carte médiane, reconnaissant également la Palestine en septembre 2025 tout en cherchant à maintenir le dialogue avec toutes les parties, mais son influence a été limitée par le manque de consensus européen. Le Royaume-Uni, bien que participant aux appels conjoints du format E3 (France, Allemagne, Royaume-Uni) pour un cessez-le-feu, est resté en retrait des initiatives les plus audacieuses, illustrant sa position post-Brexit, à la fois alignée et détachée.

4.2.2. Polarisation Sociale et Cognitive : L'Importation du Conflit en Europe

Le conflit à Gaza a eu un effet de miroir, projetant et amplifiant les tensions du Proche-Orient au sein même des sociétés européennes. Les débats publics se sont rapidement polarisés, voire hystérisés, transformant les campus universitaires, les médias et les arènes politiques en champs de bataille idéologiques. D'immenses manifestations pro-palestiniennes ont eu lieu dans toute l'Europe en 2024 et 2025, rassemblant parfois des centaines de milliers de personnes comme à La Haye, Bruxelles ou Barcelone, pour dénoncer un "génocide" à Gaza et appeler à des sanctions contre Israël. Ces mobilisations, souvent soutenues par des syndicats et des ONG, ont mis en lumière un décalage croissant entre une partie de l'opinion publique et les positions jugées trop timorées de nombreux gouvernements européens.

Cette polarisation a alimenté une montée alarmante de l'antisémitisme et de l'islamophobie. Les actes antisémites ont connu une recrudescence spectaculaire. En France, ils ont augmenté de 300 % au premier semestre 2024, et 74 % des Juifs français ont déclaré que le conflit affectait leur sentiment de sécurité. En Allemagne, le nombre de crimes antisémites a atteint un niveau record en 2024, triplant par rapport à 2022. Parallèlement, les actes islamophobes ont également explosé. Le Collectif contre l'islamophobie en Europe a recensé une augmentation de 25 % des incidents en 2024, souvent liés à des expressions de solidarité avec Gaza, perçues par les autorités comme une menace potentielle. Les musulmans européens se sont sentis stigmatisés, collectivement tenus pour responsables des actions du Hamas, et confrontés à une discrimination accrue dans l'emploi, le logement et l'espace public. Les réseaux sociaux ont joué un rôle central dans cette fragmentation cognitive, agissant comme une caisse de résonance pour la polarisation et un vecteur massif de désinformation. Des récits faux ou manipulés, des images générées par intelligence artificielle et de la propagande émanant des deux camps ont inondé les plateformes, créant des bulles de filtres et rendant le débat factuel quasi impossible. L'Union européenne a tenté de réagir en utilisant les outils du Digital Services Act (DSA) pour menacer de sanctions des plateformes comme X (anciennement Twitter), Meta et TikTok pour leur laxisme dans la modération des contenus illégaux et haineux. Cependant, l'efficacité de ces mesures est restée limitée face à la vitesse et au volume de la désinformation. Le conflit a également été instrumentalisé dans la politique intérieure, comme en France où La France Insoumise (LFI) en a fait un axe central de sa campagne pour les élections européennes de 2024, clivant la gauche et important les divisions du conflit dans le débat national.

4.3. Analyse Transversale : La Synergie des Crises et la Fragmentation Européenne en 2025

Les guerres en Ukraine et à Gaza, bien que de natures différentes, ne sont pas des crises isolées. Elles interagissent et se renforcent mutuellement pour accélérer la fragmentation sociale et cognitive de l'Europe. En 2025, le continent est confronté à une synergie délétère où les tensions économiques, les divisions politiques et la guerre de l'information s'entremêlent, affaiblissant sa cohésion interne et sa capacité d'action sur la scène mondiale.

4.3.1. La Fragmentation Sociale : Populisme, Polarisation et Érosion de la Confiance

Les deux conflits ont fourni un terreau fertile pour les mouvements populistes et eurosceptiques. Ces derniers exploitent les crises pour saper la confiance dans les institutions nationales et européennes et pour promouvoir des récits nationalistes. La guerre en Ukraine a été utilisée pour critiquer le coût de la solidarité européenne, que ce soit en termes d'aide financière, d'accueil des réfugiés ou de hausse des prix de l'énergie. Des leaders comme Viktor Orbán en Hongrie ont fait de leur opposition à la ligne de l'UE un fonds de commerce politique. Le conflit à Gaza, quant à lui, est instrumentalisé pour alimenter les discours sur le "choc des civilisations", l'immigration et la prétendue faillite du multiculturalisme, des thèmes centraux de la Partie III. Cette double pression alimente une polarisation politique qui fragmente le paysage électoral, comme l'ont montré les élections européennes de 2024, avec une montée des extrêmes dans de nombreux pays.

Cette polarisation politique se double d'une érosion profonde de la confiance, un phénomène que nous avons identifié comme central dans la Partie I. La gestion des deux crises a mis en lumière les limites et les contradictions de l'UE et d'autres institutions multilatérales comme l'ONU, dont le Conseil de sécurité est paralysé par les vétos. L'accusation de "double standard" est devenue un leitmotiv, de nombreux observateurs, notamment dans les pays du Sud, contrastant la réponse ferme et unie de l'Occident face à l'agression russe avec sa réaction divisée et jugée complaisante face aux actions d'Israël à Gaza. Cette perception a non seulement nui à la crédibilité de l'Europe sur la scène internationale, mais a également alimenté la méfiance au sein même des sociétés européennes. La confiance dans les médias a également chuté, le public étant de plus en plus sceptique face à des couvertures jugées partiales, à la désinformation et à la lassitude informationnelle, notamment concernant la guerre en Ukraine.

4.3.2. La Fragmentation Cognitive : La Guerre de l'Information et la Balkanisation Numérique

L'Europe est devenue en 2025 un champ de bataille central de la guerre cognitive. Les conflits en Ukraine et à Gaza sont les théâtres d'opérations d'information sophistiquées visant à manipuler les perceptions, à semer le doute et la colère, et à fragmenter les sociétés. La Russie a intensifié ses campagnes de désinformation pour justifier sa guerre, discréditer l'Ukraine et affaiblir le soutien européen, en utilisant des réseaux de faux sites d'information, des armées de trolls et des opérations d'influence. Le conflit à Gaza a vu une explosion de contenus manipulés, souvent générés par l'IA, rendant la distinction entre le vrai et le faux de plus en plus difficile pour le citoyen moyen. Cette guerre de l'information ne vise pas seulement à convaincre, mais à épuiser, à semer la confusion et à détruire la possibilité même d'un débat public fondé sur des faits partagés, exacerbant la fragmentation cognitive théorisée dans la Partie I.

Cette situation contribue à une "balkanisation numérique" de l'espace informationnel européen. L'Europe se retrouve prise en tenaille entre les efforts de la sphère d'influence américaine pour contrer la propagande russe et chinoise, et les opérations de déstabilisation menées par ces mêmes acteurs. La concurrence pour l'attention médiatique et politique entre les deux conflits crée également une forme de fragmentation cognitive. La focalisation intense sur l'Ukraine a pu, à certains moments, éclipser d'autres crises, tandis que l'escalade à Gaza a parfois relégué la guerre en Ukraine au second plan, créant une hiérarchie implicite de la souffrance et fragmentant l'empathie et la solidarité internationales.

4.3.3. Perspectives Géopolitiques : Une Europe Fragmentée face à un Ordre Mondial en Mutation

La synergie de ces crises a mis en évidence et renforcé la fragmentation géopolitique de l'Europe. La division Est-Ouest, ravivée par la guerre en Ukraine, est devenue une réalité structurante. Les pays d'Europe de l'Est, en première ligne face à la menace russe, ont gagné en influence et dictent en partie l'agenda sécuritaire de l'UE, parfois au grand dam de la France et de l'Allemagne. Le conflit à Gaza a révélé une autre fracture, plus culturelle et historique, entre un Nord de l'Europe plus aligné sur Israël et un Sud plus sensible à la cause palestinienne, réminiscence de passés coloniaux différents.

Le triptyque France-Allemagne-Royaume-Uni, autrefois moteur ou du moins arbitre des affaires européennes, apparaît lui-même fragmenté. La France pousse pour une autonomie stratégique que ses partenaires ne sont pas prêts à suivre. L'Allemagne, en proie à une introspection économique et à une instabilité politique, a perdu de sa superbe. Le Royaume-Uni, en dehors de l'UE, cherche sa place, influent sur le plan militaire mais marginalisé sur le plan politique. Cette fragmentation du leadership affaiblit la capacité de l'Europe à se positionner comme un acteur géopolitique cohérent et puissant dans un monde où la multipolarité devient la norme. En 2025, l'Europe apparaît moins comme un bloc uni que comme un archipel d'intérêts et de perceptions divergents, luttant pour maintenir sa cohésion face à des forces centrifuges internes et externes.

CONCLUSION SYNTHÉTIQUE

Au terme de cette analyse approfondie, la thèse d'une Europe en proie à une fragmentation sociale et cognitive profonde et multidimensionnelle en 2025 se trouve consolidée et démontrée. Loin d'être un simple slogan ou une angoisse passagère, la fragmentation apparaît comme le processus structurel majeur qui définit la condition européenne contemporaine. Notre parcours à travers les cadres théoriques, les fractures économiques, les clivages migratoires et les chocs géopolitiques a révélé un continent où les forces centrifuges l'emportent de plus en plus sur les dynamiques centripètes, menaçant les fondements de la cohésion sociale, de la stabilité démocratique et de l'intégration communautaire.

La synthèse des principaux résultats de chaque partie permet de dresser un tableau cohérent de cette dynamique. La première partie a établi le cadre conceptuel en distinguant la fragmentation sociale (la division de la société en groupes isolés) de la fragmentation cognitive (l'atomisation des réalités perceptuelles). Elle a identifié les principaux vecteurs politiques de ce processus : la tripartition du paysage politique qui déstabilise les équilibres traditionnels, la montée du populisme comme idéologie de la division exploitant le clivage "peuple contre élites", et une crise de confiance systémique envers les institutions. Crucialement, elle a mis en lumière le rôle de l'écosystème numérique comme accélérateur de la fragmentation cognitive, via les chambres d'écho et la désinformation.

La deuxième partie a ancré cette fragmentation dans ses racines économiques. Elle a démontré que les inégalités croissantes de revenus et, plus encore, de patrimoine, créent un sentiment d'injustice et de société bloquée qui constitue le terreau du mécontentement. Les trajectoires de croissance divergentes, la crise du modèle industriel allemand, et les impacts sociaux inégaux des transitions écologique et numérique ont exacerbé ces fractures, créant des "perdants" de la modernisation. Cette partie a établi un lien de causalité direct entre l'insécurité économique et le vote populiste, montrant que la fragmentation sociale est, en grande partie, une conséquence politique de fractures économiques non résolues.

La troisième partie a mis en évidence comment les enjeux d'immigration et de sécurité sont devenus les principaux catalyseurs politiques de la fragmentation. Elle a montré que, par-delà la réalité statistique des flux, l'immigration est devenue un enjeu symbolique, un "ciment du populisme" qui permet de transformer l'anxiété économique et culturelle en colère politique. Le nouveau cadre sécuritaire de l'UE, avec le Pacte sur la migration et l'asile, a institutionnalisé les divisions entre États membres. Surtout, cette partie a illustré de manière concrète comment les récits sur l'identité et la sécurité, amplifiés par les médias numériques, conduisent à une fragmentation cognitive aiguë, où le débat public est remplacé par une "guerre culturelle" et une confrontation de réalités alternatives.

Enfin, la quatrième partie a analysé le rôle des conflits en Ukraine et à Gaza comme de puissants accélérateurs de ces dynamiques. La guerre en Ukraine a fragmenté l'Europe sur les plans économique, énergétique et stratégique, ravivant une fracture géopolitique Est-Ouest. Le conflit à Gaza a importé une polarisation sociétale extrême, révélé l'impuissance diplomatique de l'UE et alimenté une guerre de l'information qui a exacerbé la fragmentation cognitive, tout en nourrissant l'antisémitisme et l'islamophobie. La synergie de ces deux crises a démontré comment des chocs externes peuvent aggraver de manière exponentielle les failles internes du continent.

En réponse aux questions de recherche posées en introduction, cette thèse conclut que les dynamiques économiques, politiques, sociales et géopolitiques ne sont pas des forces parallèles mais s'articulent dans un cercle vicieux. Les inégalités économiques nourrissent un ressentiment que les entrepreneurs politiques populistes canalisent en le dirigeant contre des boucs émissaires (immigrés, élites, UE). L'écosystème numérique amplifie et solidifie ces clivages en créant des bulles cognitives imperméables. Les crises externes, comme les guerres, agissent alors comme des tests de stress qui révèlent et approfondissent ces fractures, affaiblissant la capacité de l'Europe à y répondre de manière unie. L'analyse transversale révèle plusieurs mécanismes communs à l'œuvre : la transformation des angoisses socio-économiques en clivages identitaires ; l'instrumentalisation politique de la peur ; l'érosion de la confiance dans les médiations traditionnelles (partis, médias, experts) ; et la puissance des algorithmes pour créer et renforcer des réalités fragmentées.

Face à ces constats, les perspectives d'avenir pour l'Europe en 2025 apparaissent sombres, mais pas nécessairement fatales. Le scénario le plus probable à court terme est celui d'une "fragmentation durable", où l'instabilité politique, la polarisation sociale et la paralysie décisionnelle au niveau de l'UE deviennent la nouvelle norme. Cette situation risque d'entraver la capacité de l'Europe à mener les transitions écologiques et numériques, à maintenir son modèle social et à se positionner comme un acteur géopolitique crédible. Le risque d'une montée en puissance continue des forces illibérales, sapant l'État de droit de l'intérieur, est tangible, comme le montrent les exemples hongrois et polonais. Cependant, la prise de conscience de ces dangers pourrait également susciter des réactions. La résilience des sociétés civiles, la vitalité de certaines institutions locales et la persistance d'un attachement majoritaire au projet européen dans de nombreux pays constituent des contrepoids.

Dans ce contexte, des recommandations peuvent être formulées à l'intention des décideurs politiques et des acteurs sociaux. Pour les décideurs, la priorité absolue doit être de s'attaquer aux racines économiques de la fragmentation par des politiques ambitieuses de réduction des inégalités, une fiscalité plus juste et des investissements massifs dans une transition écologique socialement équitable. Il est également impératif de réguler plus fermement les plateformes numériques pour lutter contre la désinformation et la logique algorithmique de la polarisation, tout en renforçant l'éducation aux médias. Sur le plan européen, retrouver une voix unie sur les grands enjeux géopolitiques et réformer les mécanismes de solidarité (migratoire, budgétaire) est une condition de survie. Pour les acteurs sociaux – médias, associations, syndicats, institutions éducatives –, la tâche est de recréer des espaces de dialogue, de promouvoir une information de qualité et de retisser les liens de confiance au niveau local, là où la cohésion sociale se construit au quotidien.

Cette thèse ouvre enfin plusieurs pistes de recherche futures. L'impact à long terme de l'intelligence artificielle générative sur la fragmentation cognitive et la stabilité démocratique reste un champ d'investigation majeur. L'analyse de l'efficacité (ou de l'inefficacité) du Pacte sur la migration et l'asile, une fois pleinement mis en œuvre, sera cruciale. De même, l'étude des formes de résilience et des contre-mouvements qui émergent face à la fragmentation pourrait offrir des perspectives plus optimistes. Enfin, la question de savoir si et comment l'Europe peut réinventer un "grand récit" fédérateur, capable de transcender les divisions identitaires et de redonner un sens au projet commun, demeure la question fondamentale pour les chercheurs et les citoyens européens. En définitive, comprendre la fragmentation n'est pas seulement un diagnostic du présent ; c'est la condition sine qua non pour imaginer et construire un avenir européen plus cohérent, plus juste et plus uni.

BIBLIOGRAPHIE ACADÉMIQUE COMPLÈTE

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- Le Mouton Noir Le projet d'armée commune de l'Union européenne est un non-sens - Slate.fr Le réarmement de l'Otan n'est pas une menace pour la Russie, affirme Vladimir Poutine - L'Opinion Le retour des coupes budgétaires en Europe - Alternatives Économiques Le réveil du 9 octobre 2025 - Courrier International Le système médiatique occidental et la guerre en Ukraine - Mediapart Le verdissement du cadre budgétaire européen : une réforme inaboutie - OFCE Sciences Po Le vieillissement démographique en Europe - Statista Le vieillissement démographique en Europe : une tendance lourde aux multiples conséquences - Futuribles Législatives 2024 : le RN réalise un score historique avec 34 % des voix, Marine Le Pen élue dès le premier tour - Public Sénat Les députés condamnent la désinformation russe justifiant la guerre en Ukraine - Parlement européen Les enjeux de l’élection polonaise - Telos Les États-Unis pourraient-ils se désengager de l’Otan en Europe ? - Le Point Les inégalités fiscales en Europe : un appel à l'action pour taxer les plus fortunés - Participation Citoyenne Les pays de l'Union européenne - Toute l'Europe Les pays membres de la zone euro - Toute l'Europe Les politiques budgétaires et fiscales - Europe-Infos Les principaux indicateurs de conjoncture économique - Ministère de l'Économie et des Finances Les réseaux sociaux, front numérique du conflit israélo-palestinien - Le Point Les signes d'une probable future guerre entre la Russie et l'Otan - Slate.fr Les valeurs européennes à l’épreuve de la guerre en Ukraine - Institut Jacques Delors L’économie européenne 2025 - Cairn.info L’économie européenne 2025 - Éditions La Découverte L’Europe et le populisme en 2024 - Hec O nomist L’Europe et le populisme en 2024 - Hecronomist L’OTAN sans les États-Unis : quelle défense pour l’Europe ? - Areion24.news L’UE peut-elle se passer durablement de la Russie pour son approvisionnement gazier ? - Connaissance des Énergies Liste des pays reconnaissant l'État de Palestine — Wikipédia - Wikipedia Living conditions in Europe - poverty and social exclusion - Eurostat Statistics Explained Manifester notre solidarité à Gaza n’est pas un crime ! - LDH France Migration and the rise of populism: how closely related are they? - Vues d'Europe Migration et asile - Eurostat Migrations : Amnesty International met en garde l’UE contre le « marchandage d’êtres humains » - Euractiv Mise en œuvre du Pacte de l’UE sur la migration et l’asile : où en est-on ? - Forum Réfugiés Montée mondiale de l'islamophobie en 2023 : un cri d'alarme face à une vague de discrimination - TRT Français Motion BP Gaza - EELV Muslims in Europe face ever more racism and discrimination - European Union Agency for Fundamental Rights NATO’s Future Russia Strategy - NATO PA National Rally - Wikipedia New Entry/Exit System went live on 12 October 2025 - Commission européenne New-look populist Reform party could reshape UK political landscape - Reuters Nigel Farage and the Performance of Crisis - Revue Française de Civilisation Britannique Nigel Farage Has Reform UK Hit a Ceiling With Its Share of Voters? - Bloomberg Nigel Farage - Wikipedia Nigel Farage’s Reform UK faces its first big test of power - POLITICO Nigel Farage’s Reform UK unveils economic policy based on cutting taxes and spending - The Guardian Nigel Farage’s right-wing populism is here to stay - POLITICO Niveaux de vie et pauvreté en 2021 - Insee Nombre de réfugiés de la guerre en Ukraine en Europe 2024 - Statista OECD Economic Outlook, Interim Report March 2025 - OECD OECD Economic Outlook, Volume 2024 Issue 2: Poland - OECD OECD Economic Outlook, Volume 2025 Issue 1: Euro Area - OECD OECD Economic Surveys: European Union and Euro Area 2025 - OECD OECD Survey on Drivers of Trust in Public Institutions 2024: Results - OECD OFCE - Centre de recherche en économie de Sciences Po - OFCE Organisation du traité de l'Atlantique nord — Wikipédia - Wikipedia OTAN-Europe : la stratégie américaine - Le Diplomate Pacte asile et migration : la Commission propose de faciliter l’application du concept de pays tiers sûr - Représentation de la Commission européenne en France Pacte sur la migration et l'asile - Commission européenne Pacte sur la migration et l'asile de l'UE - Conseil de l'Union européenne Palestine : pourquoi les opinions publiques européennes sont-elles divisées ? - France Culture Party system fragmentation and voter turnout in Central and Eastern Europe - SpringerLink Pauvreté subjective et pauvreté objective en Europe : quelques réflexions - Confrontations Europe Perspectives économiques : une amélioration sous tension - Upply Perspectives économiques mondiales - Banque Mondiale Perspectives stratégiques 2023 (2) : Après l’Ukraine, Gaza - FMES PIB par habitant : pourquoi l’Allemagne et le Royaume-Uni sont en décroissance depuis deux ans - Elucid Planning a trip to Europe in 2025 or 2026? EES and ETIAS explained - Hill Dickinson Plusieurs milliers de manifestants réunis partout en France en soutien à la flottille pour Gaza - Le Figaro Point de vue. Pologne, la puissance européenne de 2025 - Ouest-France Polarization - Who Governs EU Polarization in Advanced Industrial Democracies - UCI Social Sciences Polarisation politique et sociale en Europe - Stiftung Genshagen Police break up pro-Palestine university protests in Europe after Israel rejects ceasefire - Euronews Political and social risk: what you need to watch out for in 2025 - Coface Political Polarization Score - Our World in Data Pologne : Fiche-pays - Coface Pologne - Situation économique et financière - Direction générale du Trésor Populism and Globalization - SpringerLink Populism and the European crisis: a perfect storm - PMC - NCBI Populism and the scales of statehood: localism and populist attitudes in Western Europe - Cambridge Core Populism in Europe 2024 - Solace Global Populism in Hungary: The ideological flexibility of Viktor Orbán - SpringerLink Populism, social fragmentation and sport policy: the case of the German Alternative für Deutschland (AfD) - Taylor & Francis Online Populist Foreign Policy in Central and Eastern Europe: Poland, Hungary, and the Shock of the Ukraine Crisis - ResearchGate Populist foreign policy in Central and Eastern Europe: Poland, Hungary, and the shock of the Ukraine crisis - SAGE Journals Positionnement de l’Union européenne face à la guerre de Gaza - CAREP Paris Positive authoritarianism: the affective politics of populist rule in Poland and Hungary - Frontiers Post-Election Germany: Democracy, Populism, and the Far-Right Surge - Populism Studies Poutine prépare la guerre d’Europe - Le Grand Continent Prévisions de croissance du PIB mondial et par pays - Statista Press freedom report warns of risks of reporting Ukraine war and persistent threats to media freedom across Europe - Council of Europe Projet de loi de finance 2026 : que retenir ? - Oxfam France Projet de loi de finances pour 2025 : Immigration, asile et intégration - Sénat Projections macroéconomiques de l’Eurosystème pour la zone euro, juin 2023 - Banque Centrale Européenne Projections macroéconomiques établies par les services de la BCE pour la zone euro, mars 2025 - Banque Centrale Européenne PROPOSITION DE RÉSOLUTION sur la situation humanitaire à Gaza, la nécessité de parvenir à un cessez-le-feu et les risques d’une escalade régionale - Parlement européen PROPOSITION DE RÉSOLUTION sur la situation humanitaire à Gaza, la nécessité de parvenir à un cessez-le-feu et les risques d’une escalade régionale - Parlement européen Quel impact économique après deux ans de guerre en Ukraine ? - La Tribune Quels sont les obstacles de Kiev sur le chemin de l'adhésion à l'UE ? - GEO Quels outils statistiques pour mesurer la pauvreté ? - Blog de l'INSEE Que contient le pacte européen sur la migration et l'asile ? - Toute l'Europe Rapport annuel 2024 : La République institutionnalise l’islamophobie - Islam en France Rapport annuel : la situation des droits humains dans le monde en 2025 - Amnesty International France Rapport de Human Rights Watch 2025 : la France et l’UE épinglées - Roya Citoyenne Rapport Industrie : Face à la nouvelle vague de désindustrialisation - Institut La Boétie Rapport Mondial 2024 : Union européenne - Human Rights Watch Réaction de l’Union européenne à l’agression militaire de la Russie contre l’Ukraine - Délégation permanente de la France auprès de l'Union européenne Réarmement de l'Europe : le rapport qui sonne l'alarme face à la menace russe - Les Echos Réarmement de l'Europe des années 2020 — Wikipédia - Wikipedia Réarmement européen : les enjeux économiques - Rexecode Reconnaissance d'un État palestinien : ce que change la décision de l'Irlande, l'Espagne et la Norvège à la situation - Le HuffPost Reconnaissance de la Palestine : une étape historique par l’Espagne, l’Irlande et la Norvège - Diversité Europe Reforger", le grand plan de la Guerre froide qui pourrait protéger l'Europe d'une éventuelle attaque russe - GEO Reform UK - Wikipedia Réfugiés d'Ukraine - DonnéesMondiales.com Relations entre l'OTAN et la Russie — Wikipédia - Wikipedia Relations entre l’OTAN et la Russie: les faits - NATO Résumé des propositions pour une Europe écologique et sociale - Institut Veblen Résultats du RN aux élections législatives 2024 : le parti de Marine Le Pen en troisième position à l'Assemblée - BFMTV Rétrospective géopolitique de l’année 2024 - IRIS Revenus et patrimoine des ménages - Édition 2024 - Insee Revenus et patrimoine des ménages - Insee Revenus et pauvreté en Europe en 2022 - Insee Revue Géopolitique Profonde – Septembre 2024 - Géopolitique Profonde Réindustrialisation : un impératif stratégique pour la France et l’Europe - Revue Conflits Réindustrialisation ou désindustrialisation : l’année 2025 sera décisive en France - L'Info Durable Réindustrialisation ou désindustrialisation ? L’année 2025 sera décisive en France - Le Télégramme Réindustrialisation : l’Europe et la France en panne - Libération Rise to the challengers: Europe’s populist parties and its foreign policy future - ECFR Risque politique et social : ce qu'il faut surveiller en 2025 - Coface Royaume-Uni, France, Allemagne, Espagne : un petit vent de reprise économique souffle sur l'Europe - La Tribune Russia’s war of aggression against Ukraine: Council bans broadcasting activities in the European Union of four more Russia-associated media outlets - Consilium Europa Salaires et coût de la main-d'œuvre - Insee Sanctions : adoptions par l’UE du 14ème train de sanctions économiques et individuelles contre la Russie - August Debouzy Sanctions : quelles conséquences économiques pour la Russie ? - Europe 1 Sanctions contre la Russie — Wikipédia - Wikipedia Selon M. Lecornu, le renseignement français ne dit pas que la Russie pourrait attaquer l’Otan d’ici cinq ans - Opex360 Semaine européenne des régions et des villes : la politique de cohésion aide les régions à faire face aux crises - Représentation en France de la Commission européenne Social balance and fragmentation in a network of networks - Royal Society Publishing Social impact of migration: Addressing the challenges of receiving and integrating Ukrainian refugees - Eurofound Social Resilience Index 2024 - Allianz Sociological fragmentation in a multi-national context - CORDIS Solidarité internationale : l’opinion européenne et le soutien à l’Ukraine - Fondation Jean-Jaurès Soutien à l'Ukraine : une majorité de Français, d'Allemands, de Britanniques, de Polonais et d'Américains pour la poursuite de l'aide - Destin Commun Statistiques européennes sur l’asile : éléments de compréhension - Forum Réfugiés Structural and affective polarization in nine countries - Nature Surveying the Alternative for Germany and the 2025 German Election: Populism and Electoral Prospects - Illiberalism.org Talking politics: How is polarisation reshaping young Europeans’ public and private conversations? - Euronews Tensions entre la Russie et l'Ukraine : tout comprendre à la menace d'une invasion russe - Le Figaro The 2024 French legislative elections: The National Rally’s pivotal role in a hung parliament - Wiley Online Library The 2025 German election: Far-right surge and coalition collapse - The Loop ECPR The 2025 German election: Systemic bias against populists, coalition collapse, and the far-right surge - Frontiers The Creeping Integration of Far-Right Parties in Europe - SWP Berlin The Echo Chamber Distraction: Disinformation Campaigns are the Problem, Not Audience Fragmentation - ResearchGate The Echo Chamber Effect on Social Media and the Spread of Misinformation - Medium The European Green Deal - European Commission The European Pillar of Social Rights: state of play 2024 - European Economic and Social Committee The Far Right’s Success in the 2024 European Election in Germany: What Does It Mean and What Is Its Impact? - Populism Studies The Four Ds of Populism: A Sociological Explanation of Populist Voting in Central and Eastern Europe - LSE Public Policy Review The Green Deal is the new social contract - Geopolitique.eu The Media and Trust in the European Union - PMC - NCBI The National Rally’s Electoral Success: A New Era for the French Far-Right? - American University The Rise of Germany's New Right - FRONTLINE - PBS The Rise of Right-Wing Populism in Germany’s Elections - UAB Institute for Human Rights Blog The Scale of Trust: Local, Regional, National and European Politics in Perspective - GEG The changing meaning of the left–right divide in Western Europe - SpringerLink The decline of trust in national political institutions in Western Europe since 2000: Disentangling the role of performance and alienation - Wiley Online Library The rise of echo platforms: how social media platforms are becoming more ideologically homogeneous - Oxford Academic The social-ecological dimension of the European Green Deal - Sciences Po CSO Timeline of sanctions against Russia - Consilium Europa Timeline - Russia's military aggression against Ukraine - Consilium Europa Tout comprendre: quel sera l'effet des sanctions économiques contre la Russie? - BFM TV Trend of Political Disruption Kickstarts Again in 2025 - Vision of Humanity Trust - Eurofound Trust in Institutions - GESIS Trust in national and European Union institutions: A crisis of democracy? - ScienceDirect Trust in the EU, national parliament and national government - Verian Tunisie : les migrants confrontés à des violations généralisées de leurs droits humains, dénonce Amnesty, qui critique l’Europe - Le Monde UE : Bruxelles anticipe une croissance modeste pour 2025 et 2026 - Les Echos Ukraine : croissance, réfugiés, aide... trois ans de guerre en chiffres clés - Les Echos Ukraine : plus de 6 millions de réfugiés à travers l’Europe - UNRIC Ukraine war: trade, inflation and recovery - European Investment Bank Ukraine, Gaza : l’Europe face à l’urgence de penser la paix - Challenges Ukraine, Gaza : l’Union européenne en quête d’unité face aux populistes pro-russes - Public Sénat Ukraine-Gaza: an exchange of views (Edito) - Alternatives Humanitaires Ukraine-Russia war debunked: One year of disinformation - The Observers - France 24 Un an de guerre en Ukraine : un choc économique "asymétrique" qui met en péril l'industrie en Europe - La Nouvelle République Une Europe cassée ? 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A tale of three burdens - Euronews World Economic Outlook, October 2024 - International Monetary Fund